Un metteur en scène contaminé par la variole du singe : « On n’a pas évolué depuis les années 1980 avec le VIH »

Un metteur en scène contaminé par la variole du singe : « On n’a pas évolué depuis les années 1980 avec le VIH »

Absolument pas. J’étais complètement largué. Quand j’ai eu des douleurs, j’ai tout imaginé sauf ça. J’ai eu de la chance de tomber sur un proctologue qui a tout de suite pensé à la variole du singe. Je suis tombé des nues quand j’ai appris que j’étais infecté. J’ai ressenti de la colère parce qu’il n’y avait aucune prévention, aucune information, personne n’en parlait. 

Les premiers cas sont apparus en Belgique et en Espagne aux alentours de mi-mai, il y a eu deux trois articles, puis plus rien. Avec les législatives et une actualité assez riche, la variole du singe est passée au second plan. Mais la maladie a continué de circuler, les cas ont continué d’augmenter, dans l’indifférence générale.

Quels sont les symptômes ?

Des fièvres, des courbatures, des gonflements des ganglions de l’aine, ça peut être aussi au niveau de la gorge. J’ai tout de suite pensé au Covid évidemment, mais j’ai fait un test qui s’est révélé négatif. Et puis, ce fameux 21 juin, j’ai commencé à avoir une gêne qui s’est très vite transformée en douleur atroce au niveau de la muqueuse anale. C’est ce qu’on appelle des lésions, elles peuvent être aussi au niveau génital et au niveau de la gorge. C’était atroce, je n’ai jamais eu aussi mal, je ne dormais plus, je n’arrivais plus à m’allonger, à marcher. 

J’ai perdu sept kilos en trois jours. J’ai eu des boutons aussi, mais plus tard. Trois jours après, je suis allé aux urgences proctologiques dans un état de fatigue et de douleurs extrêmes. Il n’y avait pas de protocole à cette époque, je n’étais pas séparé des autres, on n’a pas du tout soupçonné que ça pouvait être la variole du singe.

On dit souvent que c’est bénin, mais ce n’est pas le cas. C’est souvent très douloureux, on peut être hospitalisé parfois, et dans de très très rares cas, il y a des décès.

Quel a été le traitement que vous avez suivi ?

Il n’y a pas de traitement. J’ai demandé des antalgiques extrêmement puissants et j’avais une crème anesthésiante. Il faut attendre que les lésions cicatrisent. Je devais m’isoler trois semaines, et le vaccin était réservé aux cas contacts à cette époque.

L’une des caractéristiques de ce virus est qu’il se transmet facilement…

Par la proximité. Le contact peau à peau, précisément avec lésion, avec les muqueuses par exemple. Si vous touchez les boutons de la personne aussi, ils sont extrêmement contagieux. La salive, un peu les postillons. Les draps sont un très bon vecteur de la maladie. La vaisselle, boire au même goulot, manger avec la même assiette… Mais plus de 90% des cas proviennent d’un contact sexuel.

Observez-vous une forme de stigmatisation des personnes gays ?

Oui, on n’a pas évolué depuis les années 1980 avec le VIH. La variole du singe touche malheureusement en particulier les hommes qui ont des relations sexuelles avec d’autres hommes. Et dans l’esprit des gens, c’est vite fait de faire un amalgame, de dire « c’est la maladie des gays, ça ne nous concerne pas. » Un peu comme avec les personnes asiatiques au début du Covid. Ce qui est stupide parce qu’on entend de plus en plus parler de personnes hétérosexuelles touchées par la maladie.

Comment expliquez-vous que le gouvernement en parle si peu ?

Ils ont été très gênés. C’est souvent le cas quand ça concerne les droits LGBT. Pourtant, tout l’objet de la prévention est d’être clair et précis, et de parler aux personnes concernées.

Je pense qu’ils ont eu très peur de parler de la variole du singe en s’adressant spécifiquement aux personnes gays parce qu’il y avait un risque de créer une stigmatisation.

Mais si on veut être efficace dans son action, il faut être clair. Si on fait tout en fonction des homophobes et des crétins, on ne fait plus rien. Il y a eu aussi peut-être de l’indifférence. Beaucoup se sont dit que la variole du singe ne concernait qu’une certaine partie de la population.

D’où l’idée de créer un collectif ?

Oui, un mouvement citoyen inédit et très beau s’est formé dès le début de l’épidémie. Beaucoup de malades se sont exprimés sur le manque d’information. Des associations ont relayé ces paroles. On veut structurer tout cela à la rentrée au sein d’un collectif. La vaccination est beaucoup trop lente. Il faut s’entraider entre malades et anciens malades. Créer une veille communautaire. Lutter contre cet amalgame. Et puis on parle beaucoup des personnes gays, mais les travailleuses du sexe et les personnes “trans” sont aussi très impactées, et déjà fragilisées par les nombreuses discriminations dont elles font l’objet.

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Margot Favier

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