Bavarian Nordic, unique producteur du vaccin

Bavarian Nordic, unique producteur du vaccin

Au bord de la paisible mer Baltique, dans la banlieue nord de Copenhague, le siège d’une entreprise connaît une agitation inhabituelle depuis quelques mois. Bavarian Nordic est un laboratoire de biotechnologie spécialisé dans le développement, la fabrication et la commercialisation de vaccins contre les maladies infectieuses et d’immunothérapies contre le cancer.

La fièvre qui règne aujourd’hui dans l’entreprise est due au fait qu’elle est l’unique productrice d’un vaccin qui s’avère efficace contre la variole du singe, un virus apparu au mois de mai dernier et qui a déjà rendu malades plus de 20 000 personnes dans le monde. Elle a développé ce vaccin grâce à la volonté des États-Unis de se prémunir contre le risque d’une attaque à l’arme biologique.

À l’origine de l’entreprise, un programme de recherche pour le développement d’un médicament contre le cancer du pancréas. Il n’aboutira jamais. C’est grâce à un autre projet que l’entreprise danoise va exister pendant une vingtaine d’années, pour connaître à l’été 2022 un essor inattendu.

Le programme américain BioShield, contre le risque terroriste

Dès le milieu des années 1990, le laboratoire entreprend des recherches autour d’un nouveau vaccin contre la variole. « Le virus a été déclaré éradiqué par l’OMS en 1979 », rappelle Patrick Zylberman, historien de la santé et spécialiste des épidémies. Or, la dangerosité et la contagiosité du virus continuent d’en faire une arme bioterroriste de choix. Certains pays choisissent de se constituer discrètement des stocks de vaccins « au cas où ».

Le 11 septembre 2001 motive alors les autorités américaines à lancer le programme BioShield. « Le projet est d’acheter et d’investir dans des médicaments et des vaccins capables de prémunir le pays contre des attaques bioterroristes », explique Patrick Zylberman.

En 2003, le gouvernement américain décide de financer Bavarian Nordic pour la mise au point d’un nouveau vaccin antivariolique. Les vaccins existants présentent en effet de nombreux défauts : effets secondaires importants, conservation difficile et dangerosité de stockage… En cas d’attaque, les personnes immunodéprimées ne pourraient être vaccinées sans risque.

Début 2022, Bavarian Nordic prévoyait des pertes

Sous contrat avec la Biomedical Advanced Research and Development Authority (Barda), une agence qui dépend du ministère de la santé américain, l’entreprise développe son vaccin. En 2019, plus de 80 % des revenus de Bavarian Nordic étaient issus de ce contrat. Patrick Zylberman souligne que ce choix est « un risque industriel inédit ». Les États-Unis ne sont toutefois pas les seuls sur le coup : « Pour son vaccin antivariolique, Bavarian Nordic a conclu des contrats avec des gouvernements au Canada et en Europe », souligne la firme danoise.

En 2019, la Food and Drug Administration américaine approuve ce vaccin de troisième génération : le MVA-Bavarian Nordic. Il est actuellement disponible sous différentes appellations selon les régions : Imvanex en Europe, Imvamune au Canada et Jynneos aux États-Unis. Au fil des années, certains pays, États-Unis en tête se constituent un stock du vaccin.

L’entreprise vivote pendant des années : au premier trimestre 2022, elle prévoyait de subir des pertes conséquentes dans l’année en cours. Mais au mois de mai, le vent tourne brutalement avec l’apparition de foyers de contaminations dans le monde entier. Fin juillet, l’OMS déclare que l’épidémie actuelle de variole du singe constitue une urgence de santé publique mondiale.

Les commandes affluent depuis mai

L’OMS et les autorités de différents pays émettent des réserves sur les vaccins de deuxième génération dont les effets secondaires sont trop importants. D’autant plus que produire un vaccin contre la variole est long et coûteux.

En revanche, Bavarian Nordic a le vaccin qui convient. C’est l’emballement au siège de l’entreprise danoise : les coups de fil se multiplient. Le carnet de commandes se remplit. L’Autorité européenne de préparation et de réaction en cas d’urgence sanitaire (Hera) passe une commande de 110 000 doses, un autre pays qui ne veut pas être identifié en passe une de 1,5 million de doses. Au point qu’il lui est difficile aujourd’hui de répondre à la demande.

Depuis mai, la valeur de l’action de l’entreprise a quadruplé. La société a revu son chiffre d’affaires prévisionnel à la hausse pour 2022, à prés de 400 millions d’euros, soit plus du double de ce qui avait été annoncé au début de mai. « La question est maintenant de savoir si le niveau de production va permettre de répondre à la demande croissante », relève Patrick Zylberman.

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