un nouveau virus zoonotique détecté en Chine

un nouveau virus zoonotique détecté en Chine

Chine – Entre 2018 et août 2022, des chercheurs chinois ont recensé 35 personnes infectées par un nouveau virus animal dans l’est de la Chine. Ils rapportent ces cas dans le New England Journal of Medicine du 4 août[1]. Interrogés par Nature sur ce virus émergent, inconnu jusqu’à présent, des scientifiques disent ne pas être trop inquiets car le virus ne semble pas se propager facilement entre les personnes et n’est pas mortel [2].

Les chercheurs pensent que le LayV est véhiculé par les musaraignes, qui pourraient avoir infecté des personnes directement ou par le biais d’un animal intermédiaire.

Identifié pour la première fois à Langya

Dans la publication du NEJM, les auteurs décrivent 35 cas d’infection à un virus appelé Langya henipavirus (LayV), survenues depuis 2018[1]. Il est étroitement lié à deux autres henipavirus connus pour infecter l’homme : le virus Hendra et le virus Nipah (voir encadré). Il a été nommé Langya, du nom de la ville, dans le Shandong, d’où est originaire le premier patient identifié avec la maladie, explique le co-auteur Linfa Wang, virologue à la faculté de médecine de l’Université Duke-Nationale de Singapour.

Langya peut provoquer des symptômes respiratoires tels que la fièvre, la toux et la fatigue. Les deux autres virus provoquent également des infections respiratoires et peuvent être mortels (voir encadré), rapporte l’article de Nature.

 

Hendra et Nipah

«Découvert» en 1999, le virus Nipah est un nouveau virus responsable d’une zoonose qui provoque la maladie chez l’animal et chez l’homme, à la suite d’un contact avec des animaux infectieux, selon l’OMS. Il tire son nom de l’endroit où il a été identifié pour la première fois en Malaisie. Provoquant des symptomes allant de l’infection asymptomatique à une infection respiratoire aiguë et une grave encéphalite, son taux de létalité est situé entre 40% et 75%. 

Le virus Nipah est étroitement apparenté à un autre virus zoonosique découvert récemment (1994), appelé virus Hendra, du nom de la ville où il est apparu pour la première fois, en Australie. A la date du mois de juillet 2016, 53 cas ont été recensés impliquant 70 chevaux. Ces incidents sont restés confinés à la côté nord-est de l’Australie. 

Le virus Nipah et le virus Hendra appartiennent à la famille des Paramyxoviridae. « Si les membres de ce groupe de virus ne sont à l’origine que de quelques flambées circonscrites, la capacité de ces virus à infecter un large éventail d’hôtes et à provoquer une maladie entraînant une mortalité importante chez l’homme a fait d’eux une préoccupation de santé publique » indique l’OMS.

Des symptômes allant d’une pneumonie sévère à une toux

En pratique, l’équipe de recherche a identifié LayV en surveillant les patients de trois hôpitaux dans les provinces orientales chinoises de Shandong et Henan entre avril 2018 et août 2021. Tout au long de la période d’étude, les chercheurs ont trouvé 35 personnes infectées par le LayV, pour la plupart des agriculteurs, avec des symptômes allant d’une pneumonie sévère à une toux, sachant que les participants étaient recrutés dans l’étude s’ils avaient de la fièvre. Les chercheurs ont ensuite séquencé le génome du LayV à partir d’un prélèvement de gorge effectué sur le premier patient identifié avec la maladie, une femme de 53 ans.

Le génome du LayV montre que le virus est le plus étroitement lié au henipavirus Mojiang, qui a été isolé pour la première fois chez des rats dans une mine abandonnée de la province du Yunnan, dans le sud de la Chine, en 2012. Les hénipavirus appartiennent à la famille des virus Paramyxoviridae, qui comprend la rougeole, les oreillons et de nombreux virus respiratoires qui infectent l’homme. Plusieurs autres hénipavirus ont été découverts chez des chauves-souris, des rats et des musaraignes, de l’Australie à la Corée du Sud et à la Chine, mais seuls Hendra, Nipah et maintenant LayV sont connus pour infecter l’homme, rapporte l’article de Nature.

Origine animale très probable

Alors que la plupart des patients ont déclaré dans un questionnaire qu’ils avaient été exposés à un animal dans le mois précédant l’apparition de leurs symptômes, les chercheurs ont testé des chèvres, des chiens, des porcs et des bovins vivant dans les villages des patients infectés pour détecter la présence d’anticorps contre le virus LayV. Ils ont trouvé des anticorps contre le LayV chez une poignée de chèvres et de chiens, et ont identifié l’ARN viral du LayV chez 27 % des 262 musaraignes échantillonnées. Ces résultats suggèrent que les musaraignes constituent un réservoir du virus, se transmettant le LayV entre elles « et infectant d’une manière ou d’une autre des personnes ici et là par hasard », a commenté pour Nature Emily Gurley, épidémiologiste spécialisée dans les maladies infectieuses à l’université Johns Hopkins de Baltimore (Maryland).

 

Ces résultats suggèrent que les musaraignes constituent un réservoir du virus.
Emily Gurley

 

Mode de propagation

Car en effet, les chercheurs n’ont pas trouvé de preuves solides de la propagation du LayV entre les personnes incluses dans l’étude. Sur un court laps de temps ou à proximité géographique, il n’a pas été retrouvé de groupes de cas dans la même famille. « Sur les 35 cas, pas un seul n’est lié », a déclaré le Dr Wang, ce qu’Emily Gurley a dit considérer comme une bonne nouvelle. Précisons toutefois « que l’étude n’a effectué une recherche rétrospective des contacts que sur 15 membres de la famille de neuf personnes infectées, ce qui rend difficile la détermination de la manière exacte dont ces personnes ont été exposées » rapporte Nature.

Pas d’inquiétude mais vigilance de mise

Faut-il s’inquiéter d’une possible nouvelle épidémie ? Les deux experts interrogés par Nature se veulent rassurants. « Il n’y a pas de besoin particulier de s’inquiéter à ce sujet, mais une surveillance continue est essentielle », déclare Edward Holmes, virologue évolutionniste à l’Université de Sydney en Australie. Il est important de tester régulièrement les personnes et les animaux pour détecter les virus émergents afin de comprendre le risque de maladies zoonotiques – celles qui peuvent être transmises d’autres animaux à l’homme, dit-il.

Reste que l’on ne sait pas comment les gens ont été infectés en premier lieu – directement par les musaraignes ou par un animal intermédiaire, dit Emily Gurley. C’est pourquoi de nombreuses recherches doivent encore être menées pour déterminer comment le virus se propage chez les musaraignes et comment les gens sont infectés, ajoute-t-elle [2].

Néanmoins, l’épidémiologiste estime que les grandes épidémies de maladies infectieuses se déclenchent généralement après de nombreux faux départs. « Si nous recherchons activement ces étincelles, nous sommes alors beaucoup mieux placés pour arrêter ou trouver quelque chose à temps. » Par ailleurs, elle dit n’avoir rien vu dans les données qui puisse « alerter du point de vue de la menace de pandémie » [2].

Si l’inquiétude liée à une nouvelle épidémie n’est pas d’actualité, la vigilance doit être de mise. Pour le virologue Edward Holmes, il est urgent de mettre en place un système de surveillance mondial permettant de détecter la propagation du virus et de communiquer rapidement les résultats afin d’éviter d’autres pandémies, telles que celle déclenchée par le Covid-19. « Ce genre d’événements de débordement zoonotique se produit tout le temps », dit-il. « Le monde doit se réveiller » [2].

 

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