Le changement climatique peut aggraver plus de la moitié des maladies infectieuses

Le changement climatique peut aggraver plus de la moitié des maladies infectieuses

Royaume-Uni – Une nouvelle étude approfondie montre que le changement climatique peut aggraver plus de la moitié des maladies infectieuses humaines connues. Cette analyse très exhaustive de la littérature a permis d’affiner les données et de réduire le nombre de cas à 3 213, en établissant un lien entre 286 maladies infectieuses et des risques spécifiques liés au changement climatique. Parmi celles-ci, 58 % ont été aggravées, et seules 9 pathologies ont pu montrer un quelconque avantage associé au changement environnemental.

L’étude a été publiée le 10 août 2022 en ligne dans Nature Climate Change[1]. La liste complète des cas, des voies de transmission et des articles associés peut être explorée en détail grâce à une remarquable visualisation interactive des données.

Dr Tristan McKenzie

Le coauteur de l’étude, Tristan McKenzie, docteur en médecine, chercheur postdoctoral à l’université de Göteborg (Göteborg, Suède), a déclaré à Medscape Medical News : « si quelqu’un veut faire une étude de modélisation et qu’il veut se concentrer sur un domaine spécifique, il peut s’appuyer sur cette étude, qui constitue une bonne base de travail ».

Situations climatiques favorables aux pathogènes

L’une des premières conclusions importantes est que le réchauffement et l’augmentation des précipitations ont élargi la surface de répartition de nombreux agents pathogènes grâce à l’expansion de leur habitat. Cette évolution rapproche de nombreux agents pathogènes de l’homme. Nous avons déjà vu des vecteurs tels que les moustiques, les tiques, les puces, les oiseaux et plusieurs mammifères propager des infections sur une plus grande échelle. Les exemples sont les virus (dengue, chikungunya), les bactéries (Lyme), les protozoaires (trypanosomes), et d’autres encore. Le réchauffement a affecté les systèmes aquatiques (par exemple, Vibrio) et les altitudes et latitudes plus élevées (malaria, dengue).

Les situations favorables aux pathogènes ne se rapprochent pas seulement des gens. Les gens se rapprochent également des pathogènes potentiellement dangereux, les vagues de chaleur amenant les gens à se réfugier dans des activités aquatiques, par exemple. Cela augmente leur exposition aux agents pathogènes, comme le Vibrio (un bacille aquatique en forme de virgule), l’hépatite et la gastro-entérite d’origine hydrique.

Certaines situations, comme le réchauffement, peuvent même rendre les agents pathogènes plus virulents. La chaleur peut réguler à la hausse l’expression génétique du Vibrio pour les protéines affectant la transmission, l’adhésion, la pénétration et les lésions faites à l’hôte.

La chaleur et les précipitations peuvent augmenter la quantité d’eau stagnante, ce qui favorise la reproduction et la croissance des moustiques et leur permet de transmettre beaucoup plus d’infections.

La capacité des personnes à réagir aux risques climatiques peut également être altérée. Par exemple, la concentration des nutriments dans les cultures est réduite lorsque les niveaux de CO2 sont élevés, avec de la malnutrition à la clé. La baisse du rendement des cultures peut alimenter les épidémies de rougeole, de choléra ou de cryptospridium. Il est également probable que la sécheresse conduise les gens à boire de l’eau contaminée.

Parmi toutes ces mauvaises nouvelles, les auteurs ont trouvé un petit nombre de cas où les risques climatiques ont réduit le risque d’infection. Par exemple, quand les sécheresses ont permis de réduire les lieux de reproduction des moustiques, diminuant ainsi la prévalence du paludisme et du chikungunya. Mais dans d’autres cas, la densité des moustiques a augmenté dans certains bassins, entraînant une augmentation du risque local d’infection.

De nombreuses interactions

La Dr Naomi Hauser, MPH, professeur adjoint de clinique à l’UC Davis (Sacramento, Californie), a déclaré à Medscape Medical News qu’elle avait été particulièrement impressionnée par la visualisation des données. « Elle souligne vraiment l’ampleur de ce à quoi nous avons affaire », a-t-elle déclaré.

En revanche, la Dr Hauser aurait aimé que l’on mette davantage l’accent sur la façon dont les risques climatiques interagissent les uns avec les autres. On a l’impression que chacun de ces risques climatiques est isolé, par exemple « il y a des inondations, et c’est cela le problème. Mais il y a beaucoup d’autres choses… comme le réchauffement et les changements de température des eaux de surface, qui peuvent également modifier le pH et la salinité de l’eau, et qui peuvent aussi avoir un impact sur les pathogènes présents dans l’eau. »

Le Dr McKenzie met en avant une limite de l’étude, celle-ci n’a porté que sur 10 mots-clés. Ainsi, une tempête de poussière en Afrique causant une augmentation de Vibrio aux États-Unis ne pourrait pas être identifié par cette approche. « Cela nous ramène à un problème d’échelle, car dans ce cas, il se passe quelque chose au Sahara qui a un impact sur la côte Est des États-Unis. Et trouver ce lien n’est pas nécessairement évident – ou du moins pas aussi évident que s’il y avait un ouragan et que nombre de personnes tombaient malades à cause d’une maladie d’origine hydrique. Je pense donc que cela souligne vraiment l’ampleur de ce problème » a-t-il déclaré.

Au lieu de s’intéresser à un seul individu ou groupe d’agents pathogènes, l’étude a fourni un examen beaucoup plus large des infections causées par un éventail de risques climatiques. Comme le dit le Dr McKenzie, « personne n’avait encore fait ce travail pour essayer d’obtenir une image complète de ce à quoi nous pourrions être confrontés. Et c’était donc notre objectif ». L’estimation de 58 % des maladies aggravées par le changement climatique est prudente, et, dit-il, « on peut imaginer qu’il s’agit là d’un problème encore plus important que ce que nous présentons dans ce papier. »

Il conclut : « si nous examinons la propagation de certaines maladies plus graves ou plus rares dans certaines régions, pour moi la réponse est… que nous devons atténuer agressivement les émissions de gaz à effet de serre à la source ».

Les Dr McKenzie et Hauser ne signalent aucune relation financière pertinente.

Judy Stone, MD, est spécialiste des maladies infectieuses et auteur de Resilience : One Family’s Story of Hope and Triumph Over Evil et de Conducting Clinical Research , le guide essentiel sur le sujet. Vous pouvez la trouver sur drjudystone.com ou sur Twitter @drjudystone .

 

L’article a été publié initialement sur Medscape.com sous l’intitulé Climate Change Can Worsen More Than Half of Infectious Diseases. Traduit par Stéphanie Lavaud.

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