Au cœur du parcours cancérologie du CHR Metz-Thionville

Au cœur du parcours cancérologie du CHR Metz-Thionville

Le problème de sous-effectif de soignants se rencontre aussi dans certains services du parcours de cancérologie. Photo La Semaine

Dans l’Hexagone, près de 3,8 millions de personnes souffrent d’un cancer. Nous avons passé quelques heures auprès des soignants qui les accompagnent. Les épaulent dans le combat contre la maladie. Et les réconfortent, aussi.

« C’est un cancer. » Quelques mots suffisent à faire basculer une vie. La maladie fait incontestablement peur, celle-ci peut-être encore plus que d’autres. L’issue est incertaine. Tout le monde la connaît et a dû s’y confronter, malgré lui, un jour ou l’autre. Un proche tombe malade, le diagnostic tombe, et nos pires craintes sont fondées : « C’est un cancer. » Alors, commence le combat pour éviter qu’il ne se généralise ; et pour l’éradiquer, tout simplement.

Ces quelques mots, le Dr Xavier Michel les a formulés à de nombreuses reprises lors des consultations d’annonces aux patients. Malgré l’expérience, il ne s’y habitue pas. Ces moments sont « toujours difficiles quand on a de mauvaises nouvelles à annoncer », confirme le médecin, responsable du service radiothérapie. L’accompagnement débute dès cet instant, avec des patients qui se dirigent vers les infirmières pour établir les soins de support (assistante sociale, aide financière, diététicienne, activité physique adaptée, sophrologue… ). « On veut bien les entourer afin que leur traitement puisse se dérouler dans les conditions les moins mauvaises possible », détaille le cadre de santé du même service, Laurent Lozzi. L’entourage aussi peut être accompagné dans cette période compliquée. Ici, le « confort » du patient prime.

La meilleure stratégie

Le diagnostic établi, il faut penser à la meilleure stratégie pour le traitement. « On ne peut démarrer celui-ci sans passer le dossier en réunion de concertation pluridisciplinaire. C’est une obligation depuis le plan cancer de Jacques Chirac », rapporte Laurent Lozzi. L’idée est donc de réunir différents spécialistes (radiothérapeute, oncologue, biologiste, chirurgien, etc.) afin de déterminer la meilleure méthode. Il y en a trois principales : l’opération pour retirer la tumeur, le traitement en chimiothérapie ou en radiothérapie. « La pandémie de Covid-19 a mis en lumière que les médecins n’étaient pas toujours d’accord. C’est tout à fait normal, et l’objectif lors de ces réunions est d’arriver à trouver le bon consensus », poursuit le cadre de santé. En fonction du parcours retenu, le patient pourra être amené à fréquenter les différents services d’oncologie, de radiothérapie ou encore de l’unité de service ambulatoire de chimiothérapie (Umac).

En radiothérapie, l’informatique vient compléter les compétences humaines. Photo La Semaine

Chacun d’entre eux a son mode de fonctionnement et ses spécificités. La radiothérapie est l’un des services les mieux sécurisés depuis l’affaire des « irradiés d’Épinal ». Le matériel et les mesures de précaution sont stricts, et l’Autorité de sécurité nucléaire (la même qui contrôle les centrales) effectue une visite tous les deux ans. Ici, la technologie vient compléter les compétences humaines. Le médecin définit la dose d’irradiation et l’endroit où elle doit s’appliquer par le biais du scanner de centrage. La répartition de la dose est ensuite évaluée par un physicien médical qui va essayer de traduire la volonté du médecin, tout en prenant en compte les contraintes de faisabilité. Le manipulateur prend en charge le patient, le positionne au bon endroit pour que la machine à haute précision puisse faire son œuvre, cibler la tumeur tout en préservant les organes voisins. La pièce de l’examen a été pensée comme une invitation à prendre le large. Des palmiers, des couleurs sable et bleu, et une musique d’ambiance accompagnent le patient le temps du traitement, entre 30 et 40 minutes (10 pour les machines standard).

En salle de radiothérapie, on essaie d’apporter un maximum de confort aux patients pendant le traitement. Photo La Semaine

Les deux autres services proposent des traitements par chimiothérapie, l’Umac en ambulatoire, l’oncologie avec une surveillance renforcée de 24 heures ou plus. L’Umac accueille des patients souffrant de pathologies très diversifiées (cancers digestifs, du sein, des organes génitaux, du poumon, mélanome, etc.) en service ambulatoire. « La chimiothérapie se fait sous perfusion, par injection, et depuis peu par voie orale », souligne Christelle Allaris, la cadre de santé de ce service. Ici, 34 places en fauteuil sont proposées aux patients qui en « profitent » parfois pour échanger sur leur quotidien et se sentent un peu moins seuls. « Nous disposons aussi de trois lits », détaille-t-elle. Contrairement aux idées reçues, le service n’est pas si triste. Christelle Allaris parle même de convivialité. Les patients viennent régulièrement et appellent les infirmières par leur prénom, faisant naître de réelles complicités.

Un lien unique

Les seize lits du service d’oncologie sont occupés par des patients en chimiothérapie longue, en surveillance spécifique ou de tolérance, qui ont des symptômes pénibles, ou pour un accompagnement de fin de vie. Une dizaine d’aides-soignantes et d’infirmières les épaulent dans cette lutte face à la maladie. Léa Burvenich en a longtemps fait partie. Pendant neuf ans, elle a été au chevet de ses patients au diagnostic lourd, les a accompagnés sur les soins techniques parfois invasifs, les a écoutés quand ils en avaient besoin, et a su les rassurer. L’empathie fait partie du quotidien des soignants. « Il y a la menace de la mort et c’est un relationnel intense, quelle que soit la phase de la maladie », témoigne-t-elle. L’humain ici retrouve tout son sens. « Il faut rester authentique, accueillir les propos des patients, mais ne pas les vivre. Il est important de rester à une juste distance. »

Sur ce point, elle estime que les professionnels de santé sont bien accompagnés à l’hôpital de Mercy du CHR Metz-Thionville, avec un certificat sur les soins palliatifs, des formations sur le deuil, et la prise en charge de patients en fin de vie. Tous les soignants rencontrés durant notre passage témoigneront de ce lien si particulier qui les unit à leurs patients. Celui qui les a fait épouser cette vocation. Et accepter que parfois, aussi, la maladie puisse l’emporter sur la vie.

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