A la BnF, les jeux vidéo conservés comme des reliques

A la BnF, les jeux vidéo conservés comme des reliques

En France, le jeu vidéo est considéré comme un art à part entière et soumis au dépôt légal. Une vingtaine de personnes de la Bibliothèque nationale de France sont chargées de récolter et conserver les milliers de jeux vidéo qui sortent chaque année.

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David Benoist ne joue plus aux jeux vidéo depuis longtemps. Mais pourtant, il les côtoie tous les jours. Il les répertorie, crée des bases de données, et les conserve “pour l’éternité”. Ce conservateur, chargé de collection vidéo à la Bibliothèque nationale de France (BnF), considère que les jeux vidéo représentent “un art”, au même titre que de nombreux autres documents.

“Cela mérite d’être conservé. En France, nous avons une grosse tradition de production de jeux vidéo de qualité. Il y a une toujours eu un intérêt de l’État pour l’industrie du jeu vidéo”, explique-t-il.

Et de préciser : “Depuis 1992, on est censé recevoir deux exemplaires de tous les jeux vidéo qui sont édités ou distribués en France. Nous ne sommes pas un musée du jeu vidéo car nous avons une vocation exhaustive.”

Avec 1 000 à 2 000 jeux reçus par an, sans compter les logiciels et autres documents multimédias, la collection s’avère pharaonique : plus de 20 000 références au total, accessibles dans l’une des quatre tours située en bord de Seine, dans le XIIIe arrondissement de Paris. Une telle collection n’existe nulle part ailleurs dans le monde. Et des chercheurs se pressent, de plus en plus, à la BnF pour y accéder.

Pour qu’ils puissent continuer à consulter ces jeux vidéo, les mêmes questions de conservations se posent que pour d’autres types d’objets. Ils sont conservés dans des conditions d’humidité et de température très contrôlées. Et chaque jeu est conditionné dans des boîtes ayant des contenus chimiquement neutres pour éviter les interactions entre les cartons, les différents plastiques.

“La difficulté principale va être l’évolution des supports. Même si on ne joue pas avec un objet, les bandes magnétiques, les données vont avoir tendance à s’effacer, se dégrader. Suivant la différente qualité de fabrication, on estime que la durée de vie d’un CD-ROM est d’environ 20 ans. Ensuite, on n’est plus sûr de pouvoir le lire, même si on n’a jamais touché au CD”, explique le conservateur.

Se posent aussi des questions d’évolutions technologiques. Car les consoles de jeux ne font pas partie du dépôt légal. Certaines ont bien été acquises par ce département de la BnF, mais au bout de quelques années, elles ne fonctionnent plus.

“Notre Mega Drive nous a lâchés, il n’y a pas longtemps mais on devrait pouvoir la réparer”, espère Alexandre Hedou, assistant de communication. Selon lui, “on est désormais passé dans une période de tout numérique et d’émulation. Donc ces consoles, dans le futur, ne serviront plus à lire les documents puisqu’ils ne sortiront plus du magasin”.

Les émulateurs, des logiciels installés sur des ordinateurs, permettent ainsi de numériser les jeux vidéo. “On les conserve sur des serveurs pour les chercheurs du futur”, raconte David Benoist. En double bien sûr, au cas où un serveur serait détruit (pour les amateurs, l’unité utilisée est le petaoctet, soit des milliers de teraoctets).

Avec une évolution notable : comment récupérer les nouveaux jeux sur smartphone, qui sont complètement dématérialisés ? La vingtaine de personnes qui composent son équipe sont notamment chargées de rappeler aux éditeurs leur obligation légale de fournir deux exemplaires à la BnF. Ils réfléchissent aussi à de nouvelles façons de conserver ce patrimoine matériel dématérialisé.

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