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Monkeypox : « Il sera extrêmement difficile d’arrêter cette épidémie »

Chaque pays s’inquiète de la progression de la maladie. Catherine Smallwood, responsable principal des urgences pour l’OMS Europe et gestionnaire de l’incident de variole du singe pour l’Europe, sur les modes de propagation de l’épidémie a été interrogée sur le sujet.

Jusqu’à récemment, la variole du singe était confinée aux régions endémiques du monde – pourquoi cette infection s’est-elle répandue dans le monde ?

Dr Smallwood : Il y a probablement beaucoup de raisons différentes. Ce que nous avons vu avec la variole du singe dans la région de l’Afrique de l’Ouest au cours des cinq dernières années environ, a été un signal précoce que quelque chose était en train de changer dans la transmission de la variole du singe, même dans les pays qui peuvent avoir une propagation zoonotique.

Le Nigeria a détecté le monkeypox pour la première fois en 2017 et, depuis lors, il a connu des épidémies récurrentes et assez importantes de monkeypox qui ont touché les milieux urbains et qui ont donc probablement été provoquées par une transmission interhumaine.

Il est probable qu’à la suite de l’exportation de cas du Nigéria, il y ait eu un « ensemencement de foyers » dans des pays comme le Royaume-Uni ou d’autres parties du monde. Pour une raison quelconque, ces événements d’ensemencement ont probablement pris racine et ont vraiment commencé à s’étendre au début de cette année.

En combinaison avec la levée des mesures prises au début de l’année pour le Covid-19, le retour des gens à des événements où ils se rassemblent beaucoup plus étroitement, les événements qui ont eu lieu autour du mois de mai de cette année – les fêtes comme la gay pride qui rassemblaient les gens – et les groupes internationaux de personnes ont probablement joué un rôle dans l’amplification du phénomène.

Pourquoi l’amplification s’est-elle produite ?

Dr Smallwood : Potentiellement, la diminution de notre immunité contre la variole, au niveau de la population. L’augmentation du nombre de personnes sensibles au sein de la population mondiale a créé une nouvelle niche pour la transmission de la variole du singe, ce qui contribue probablement à la propagation actuelle.

Il y a bien sûr un autre facteur à prendre en compte : “le virus a-t-il changé ?”, “y a-t-il des mutations spécifiques dans le virus qui ont provoqué des changements phénotypiques ? – les experts ne sont pas encore fixés sur ce point. Tous ces éléments se sont probablement combinés pour aboutir à ce que nous observons actuellement.

Le monkeypox doit-il être considéré comme une infection sexuellement transmissible (IST) ?

Dr Smallwood : Il y a eu une discussion assez intense autour de cette question. Il y a plusieurs avantages et inconvénients à la considérer comme telle. Ce qui est clair c’est que la variole du singe se propage massivement dans les pays d’Europe, et dans les pays autres que ceux où elle est endémique, par le biais de l’activité sexuelle, principalement en raison de la propagation par contact étroit.

Si l’épidémie actuelle est principalement due à l’activité sexuelle, ce n’est pas exclusivement le cas. En fait, le premier groupe de cas qui a été détecté sans aucun lien avec les pays endémiques se trouvait dans un environnement de transmission domestique. D’autre part, comme pour de nombreuses autres IST, il existe de multiples modes de transmission. Ainsi, si l’on descend au niveau de la définition très spécifique, l’épidémie actuelle de monkeypox pourrait correspondre à la définition d’une IST avec l’avantages de détourner l’attention des HSH et contribuer à déstigmatiser la maladie.

Cependant, l’inconvénient est que cela pourrait mettre tout l’accent et toute l’attention sur cette voie de transmission particulière, et négliger alors les épisodes de transmission au sein des ménages, qui pourraient même devenir plus importants à mesure que l’épidémie évolue. Je pense donc que nous devons continuer à être un peu plus nuancés dans notre façon de décrire la situation.

Quelles sont les autres voies de transmission ?

Dr Smallwood : Des études sont en cours pour examiner la capacité de survie du virus sur différents matériaux dans différentes conditions, mais il est certain que la contamination de l’environnement – surtout lorsqu’il s’agit d’un foyer ou d’un environnement fermé – est un élément clé et peut jouer un rôle essentiel dans la transmission au sein du foyer, ou potentiellement au niveau de l’hôpital si les patients sont hospitalisés. L’étendue de la transmission dans les chambres d’hôpital des patients avait été documentée dans une étude britannique récente, qui a trouvé une contamination assez importante dans les chambres d’hôpital.

Les gens s’inquiètent de la transmission par voie aérienne et certaines études ont révélé des échantillons positifs de virus dans l’air et cela a été documenté lorsque les gens changent les draps ou le lit, et que cela projette le virus dans l’air. C’est donc un élément clé.

Maintenir une bonne ventilation est également vraiment important. Ce sont les messages que nous aimerions mettre en avant. Le nettoyage des toilettes, des douches, des robinets, le lavage des mains va être très important dans le contexte de la variole du singe, en particulier dans un cadre domestique.

La bonne nouvelle est que nous n’avons pas encore été informés d’une quelconque exposition professionnelle des travailleurs de la santé dans cette épidémie actuelle.

Faut-il vacciner tout le monde, quel que soit le risque ?

Dr Smallwood : L’OMS ne recommande pas à tout le monde de se faire vacciner contre la variole du singe pour différentes raisons. À notre avis, ce n’est pas nécessaire, et ce n’est pas possible.

Le risque de variole du singe au niveau de l’ensemble de la population, le risque d’exposition est vraiment encore assez faible.

Cependant, il est beaucoup, beaucoup plus élevé dans un groupe de HSH – pas tous les HSH – un groupe de HSH qui ont beaucoup de rapports sexuels avec beaucoup de partenaires différents, et c’est particulièrement le groupe qui est le plus à risque en ce moment.

D’abord le Covid maintenant le Monkeypox – Que se passe-t-il dans le monde pour permettre ces épidémies ?

Dr Smallwood : C’est la question que nous nous posons. Et aussi, comment la pandémie a-t-elle modifié l’épidémiologie de nos pays et de notre région ? Aurions-nous vu une épidémie de monkeypox plus tôt si le COVID n’avait pas eu lieu ? Ou avons-nous constaté que la transmission du monkeypox a pu se produire sans que nous ne nous en apercevions vraiment depuis un certain temps, en partie à cause de la réponse à la pandémie et des mesures qui ont été mises en œuvre et qui ont rendu le problème un peu clandestin ? Je n’en sais rien.

Il est certain que nous assistons à des phénomènes étranges dans l’épidémiologie des maladies en Europe – nous constatons la circulation hors saison de maladies comme le VRS – l’été dernier, nous avons vu des services pédiatriques sous pression. Nous avons évidemment assisté à la suppression presque complète de la grippe, et lorsque celle-ci reviendra, nous ne savons pas quel impact elle aura.

Les mesures sociales et de santé publique ayant été largement levées, nous sommes susceptibles de voir des choses qui nous surprennent, et aussi, cela a donné à la variole du singe l’échappatoire, pour se propager assez rapidement. Il est probable qu’il en soit de même pour la grippe.

Les grandes inconnues concernant la variole du singe restent les incertitudes quant aux séquelles potentielles à long terme. Un exemple étant l’impact sur la fertilité à long terme – particulièrement important si le virus est retrouvé dans le sperme.

Donc, oui, il y a beaucoup à apprendre. Il sera extrêmement difficile d’arrêter cette épidémie.

Cet article a été écrit par le Dr Rob Hicks, publié initialement sur Medscape.uk puis traduit par Stéphanie Lavaud pour Medscape.fr.

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