trouble mental

Les malades mentaux sont-ils dangereux ?

On entend parfois dire que les personnes souffrant d’une maladie psychique sont imprévisibles, voire dangereuses, que ce soit pour autrui ou pour elles-mêmes. On mélange parfois cette représentation avec celle du psychotique meurtrier de masse… Les médias qui relaient des histoires de tueries ou d’autres actes de violence sous-entendent souvent que les auteurs des faits seraient des « malades mentaux », du moins des individus « psychiquement dérangés ». Il s’agit là d’un vrai problème ! Car l’association fréquente, voire systématique, de la souffrance psychologique à la dangerosité envers autrui alimente, chez tout un chacun, la stigmatisation dont souffrent déjà beaucoup les personnes atteintes de troubles mentaux et leurs proches. Alors qu’en est-il réellement ? Ces individus sont-ils plus dangereux que la population générale ?

Depuis quelques années, de nombreuses études scientifiques ont conclu clairement sur cette question : certaines maladies mentales sont effectivement associées à un risque accru de comportements violents. Mais il s’agit avant tout de la schizophrénie – qui s’accompagne souvent de délires, par exemple paranoïaques ou de persécution, et d’hallucinations, la plupart du temps auditives – ainsi que des addictions à l’alcool, à d’autres drogues ou à des comportements, comme les jeux ou le sexe – car le syndrome de « manque » débouche parfois sur de l’agressivité. En particulier, quand des problèmes de « drogue » – disons plutôt de dépendance – sont associés à des troubles psychiques, le risque de comportement violent grave est alors, en moyenne, environ dix fois plus élevé que dans la population générale.

Toutefois, ce taux est un peu moins élevé pour certains troubles de la personnalité, comme les personnalités antisociales ; en effet, ces individus entrent régulièrement en conflit avec la loi et la propension à la violence est déjà un critère de diagnostic du trouble. En revanche, les personnes souffrant de dépression, de trouble bipolaire (maniaco-dépression) ou de trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) ne présentent pas un risque aussi élevé de devenir violentes… Dans ces cas, ce risque est en moyenne trois fois plus élevé que celui de la population générale, mais il existe de grandes différences entre les divers troubles…

98 à 99 % des personnes souffrant de dépression, de trouble bipolaire (maniaco-dépression) ou de trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) ne seraient pas plus violentes que la population générale.

Ces résultats peuvent sembler inquiétants, mais tout cela se relativise facilement si l’on observe soigneusement les analyses et les études scientifiques réalisées sur de larges échantillons d’individus. En effet, en 2021, dans la revue spécialisée Lancet Psychiatry, des chercheurs ont réalisé une métaanalyse des travaux publiés sur le sujet et ont conclu que, parmi les malades mentaux les plus enclins à avoir des comportements violents – à savoir les personnes souffrant de troubles de la personnalité, de schizophrénie ou d’addictions –, seuls 6 à 10 % environ deviennent réellement agressifs à un moment de leur vie. En revanche, la majorité des individus souffrant de troubles psychiques, soit 98 à 99 %, ne sont pas plus dangereux que la population générale. Et les spécialistes estiment même que, parmi les patients schizophrènes, seuls 3 % sont davantage sujets à l’agressivité que la moyenne des citoyens. Il s’agit donc de ne pas tirer de conclusions trop hâtives quant au comportement d’un groupe de personnes par rapport à d’autres.

La maladie mentale n’explique pas tout

En outre, n’oublions pas un fait très important : les personnes touchées par une maladie mentale sont généralement en butte à des conditions de vie difficiles qui, indépendamment du trouble lui-même, font parfois le lit de la violence. Par exemple, elles sont plus souvent isolées socialement ou au chômage, et sont plus fréquemment victimes de violence que la population générale, ce qui, en retour, encourage les comportements agressifs.

Par ailleurs, le fait qu’un patient devienne violent ne dépend pas tant du diagnostic en soi que du fait que les symptômes s’aggravent à une période donnée, par exemple à cause d’une difficulté passagère ou d’idées délirantes. Ainsi, dans le cas de la schizophrénie, on a montré que le taux de violence est particulièrement élevé au moment où la maladie se déclare et que les symptômes sont intenses – mais temporaires. De fait, quand un individu atteint de troubles délirants menace de se faire du mal ou de blesser autrui, il faut donc toujours prendre au sérieux ses dires et solliciter sans attendre l’aide d’un professionnel de la santé. De façon générale, le meilleur rempart contre l’éventuelle violence de personnes atteintes de troubles mentaux repose sur un dépistage précoce et efficace, ainsi que sur une bonne prise en charge au long cours.

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