La Rotonde

inquiétude des médecins et des patient.e.s les plus à risque – La Rotonde

Crédit visuel : Polina Tankilevitch – Pexels

Article rédigé par Camille Cottais – Journaliste

L’épidémie de variole simienne, ou variole du singe, est apparue début mai au Nigeria, avant de se propager en Europe, puis au Canada, aux États-Unis et dans le reste du monde. Où en est l’épidémie au pays ? Comment se manifeste-t-elle et est-elle prise au sérieux ? Risque-t-elle de stigmatiser les personnes les plus à risque, c’est-à-dire les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH) ?

Hugues Loemba est professeur à l’Université d’Ottawa, virologue et médecin de famille affilié à l’Hôpital Montfort, ainsi qu’à la clinique ByWard. Il ne cache pas son inquiétude face à cette nouvelle épidémie : « la maladie est en train de prendre de l’ampleur, les nombres ne font qu’augmenter de semaine en semaine », déclare-t-il. En effet, le nombre de cas confirmés dans le monde dépasse actuellement les 28 000, dont 957 au Canada.

Dr. Loemba précise que la situation épistémologique est différente selon les provinces canadiennes : le Québec était jusqu’à récemment la province la plus touchée, mais l’Ontario a récemment pris le dessus en dépassant le cap des 400 patient.e.s confirmé.e.s. Selon le médecin chercheur, la maladie se propage rapidement, car elle peut atteindre certains animaux, notamment les rongeurs, qui font circuler le virus entre les régions.

Bien que l’Organisation mondiale de la Santé ait fini par déclencher, le 23 juillet dernier, son plus haut niveau d’alerte face à l’épidémie de variole, Dr. Loemba pense que l’organisation a tardé à le faire. « On aurait aimé des décisions beaucoup plus proactives afin de freiner la propagation de cette maladie », déplore-t-il. Jeudi dernier, les États-Unis ont également classé l’épidémie comme « urgence de santé publique », le pays recensant plus de 7 000 cas sur son territoire.

Un manque d’informations

Corentin Hennebert, 27 ans, et Thomas Danthieux, 26 ans, ont tous deux été atteints de la variole simienne et ont témoigné sur Twitter pour partager leur expérience. Les deux jeunes hommes affirment avoir voulu s’exprimer sur ce virus en raison d’un manque d’informations sur celui-ci. Danthieux pense que témoigner sur la maladie peut permettre à d’autres personnes de reconnaître les symptômes et ainsi d’aller se faire tester.

Hennebert souligne qu’il existe encore beaucoup de zones d’ombres en ce qui concerne le virus, et qu’il faut donc « absolument en parler et informer davantage [pour] que les gens se sentent concernés ». Selon lui, ce virus n’est pas assez pris au sérieux, d’où certaines lenteurs qu’il identifie au niveau de la campagne de vaccination.

Danthieux identifie un manque d’informations du côté de la population générale, mais également du personnel médical. La première médecin qu’il a consultée n’était pas renseignée sur la variole, « elle ne pouvait pas m’en dire plus à part lire les pages Internet que j’avais lu », développe-t-il.

À quoi ressemble la maladie ?

Dr. Loemba indique que la durée d’incubation de la variole est d’une à trois semaines, avec une moyenne de deux semaines. La maladie commence par des symptômes généraux, qui peuvent faire penser à une bonne grippe, continue-t-il. Même si tout le monde n’a pas les mêmes symptômes, il souligne qu’il s’agit généralement de fièvre, de douleurs musculaires, de maux de tête et de ganglions. Par la suite, les patient.e.s ont une éruption cutanée, « qui commence généralement sur le visage, la plupart du temps autour de la bouche, puis descend, souvent autour des organes génitaux et de l’anus ».

Pour Danthieux, les premiers symptômes ont été un gros ganglion dans le cou et une forte fatigue, puis de la fièvre au bout de trois jours. Il s’est d’abord fait diagnostiquer une angine, avant de retrouver son corps couvert de boutons quelques jours plus tard, ce qui l’a poussé à se faire tester pour la variole. « Les boutons dans la gorge ont gonflé au bout d’une semaine, à tel point que je ne pouvais plus parler, le tout sous une forte fièvre qui ne passait pas. En tout, j’ai été malade 10 jours. », témoigne-t-il.

Si vous pensez être atteint.e de la variole, Dr. Loemba recommande de se diriger tout de suite vers un médecin ou une institution de santé afin de confirmer le diagnostic par un test PCR. En principe, il faut s’isoler dès que la maladie est suspectée, et lorsque le diagnostic est confirmé, l’isolement dure pendant 21 jours supplémentaires. Le virologue précise qu’il est possible de vacciner post-exposition : de préférence dans les quatre jours suivant celle-ci, ce qui permet de diminuer les chances d’être contaminé. La vaccination est également possible dans les 4 à 14 jours suivants, pour tenter d’amoindrir la gravité et la durée de la maladie.

Selon les deux jeunes hommes atteints par la variole simienne, il est important de répéter qu’il ne s’agit pas d’une maladie sexuelle transmissible (MST), puisqu’elle ne s’attrape pas uniquement de cette façon. Danthieux pense qu’en la catégorisant comme telle, on risque de minimiser les autres moyens possibles de transmission. Hennebert ajoute que cela pourrait également mener à de la stigmatisation.

Stigmatisation de la communauté LGBTQ+

Selon le Dr. Loemba, « nous sommes en train de répéter les mêmes erreurs que l’on a faites au début de l’épidémie de VIH », c’est-à-dire affirmer qu’il s’agit d’une maladie affectant seulement les personnes homosexuelles et donc qu’il ne serait pas nécessaire d’y porter attention. Même si la grande majorité des cas de variole concernent pour l’instant des HSM, il souligne l’existence de cas de femmes et d’enfants.

Pour Hennebert, c’est comme « si nous n’avions rien n’avait changé depuis les années noires du sida ». Selon lui, la population a besoin d’un bouc émissaire : les personnes asiatiques l’étaient au début de la Covid-19, les HSH le deviennent pour la variole simienne, catégorisée comme une « maladie de gai ».

Le médecin et les deux malades rétablis pensent qu’il faut tout de même cibler en priorité les personnes à risque dans les campagnes de prévention et de vaccination : personnes LGBTQ+, immunodéprimées, ayant eu une MST récemment, travailleur.se.s du sexe, mais aussi personnel soignant. Dr. Loemba aimerait que la stratégie vaccinale du Québec – vacciner à la fois post-exposition (cas contacts) et préexposition – soit appliquée en Ontario, puisqu’elle a selon lui porté ses fruits, en réussissant à freiner l’épidémie.

Pour finir, Danthieux incite tout le monde à se faire vacciner contre cette maladie sérieuse, car, comme le rappelle le Dr. Loemba, il s’agit contrairement à la Covid-19 d’une épidémie que l’on peut dès à présent contenir, grâce à des vaccins et des antiviraux.

 

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