Un patient sur huit touché par le Covid-19 conserve au moins un symptôme durable. © Pascal Guyot, AFP

1 personne sur 8 conserve un symptôme

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  De nombreuses personnes sont atteintes de Covid long, une forme de la maladie qui peut s’étirer sur plusieurs mois. © Futura 

Ces symptômes comprennent « des douleurs abdominales, des difficultés et des douleurs respiratoires, des douleurs musculaires, une agueusie ou une anosmie (perte du goût ou de l’odorat : ndlr), des picotements, une gêne dans la gorge, des bouffées de chaleur ou de froid, une lourdeur des bras ou des jambes ainsi qu’une fatigue générale », énumère cette étude publiée dans The Lancet.

« Chez 12,7% des patients, on peut attribuer ces symptômes au Covid-19 », trois à cinq mois après l’infection, concluent les auteurs. Ce travail, réalisé aux Pays-Bas, est, par son ampleur et sa méthodologie, une pièce importante pour mieux comprendre le risque de Covid long, c’est-à-dire la persistance de symptômes durables après une infection au coronavirus.

En l’état actuel des connaissances, on sait qu’il existe chez certains patients des séquelles spécifiques à une infection au coronavirus et que celles-ci ne s’expliquent pas uniquement par des troubles psychosomatiques, comme l’ont avancé initialement certains médecins. Mais on ignore largement la fréquence de ces troubles et, plus encore, les mécanismes physiologiques par lesquels ils interviennent.

Mécanismes physiologiques et fréquence des troubles

Si l’étude du Lancet ne répond pas à ce deuxième questionnement, elle permet de mieux préciser le premier élément, d’abord car elle a été réalisée sur un nombre important de patients : plus de 4.000 personnes atteintes du Covid-19. Chez ces patients, l’épisode de Covid-19 a été avéré par un test PCR ou le diagnostic d’un médecin.

Enfin, et c’est là une nouveauté importante, les réponses de ces patients ont été comparées à celles données par un groupe de personnes qui n’ont pas eu le Covid-19. Car il est possible de ressentir l’un des symptômes énumérés, sans que le Covid en soit la cause. De fait, presque 9 % de personnes n’ayant pas eu le Covid présentent un des symptômes précédemment décrits.

Chez les anciens patients Covid, la proportion monte à 21,4 %. C’est par une soustraction que les chercheurs parviennent à conclure qu’un peu plus de 12 % de personnes frappées par le Covid développent une séquelle spécifiquement liée à la maladie. Cette étude comporte toutefois certaines limites, comme le fait de ne pas avoir mesuré la fréquence d’autres symptômes associés au Covid long, dont notamment un état de déprime ou de confusion mentale.

Ce que l’on sait sur la Covid longue et la persistance des symptômes

À partir des données de près de 26.000 volontaires, les scientifiques cherchent toujours à comprendre ce phénomène de la Covid-19 longue. Afin de proposer la meilleure prise en charge possible, une étude a été conduite sur la persistance des symptômes chez les personnes ayant été infectées par le SARS-CoV-2 en comparaison avec le reste de la population. Les résultats témoignent de la complexité des mécanismes pouvant expliquer l’état de « post-Covid ».

Article de l’Inserm, publié le 18 avril 2022

De nombreuses personnes rapportent des symptômes persistants plusieurs mois après avoir été infectées par le SARS-CoV-2. Cet état « post-Covid » est encore mal compris mais fait actuellement l’objet de travaux de recherche rigoureux afin de mieux définir sa prévalence dans la population générale et de décrypter les mécanismes physiopathologiques sous-jacents.

Parmi les symptômes persistants qui ont été le plus souvent décrits dans la littérature scientifique figurent la dyspnée (gêne respiratoire), l’asthénie (fatigue), des douleurs articulaires et musculaires, des problèmes cognitifs, des troubles digestifs, ou encore l’anosmie-dysgueusie (perte d’odorat et de goût).

Hormis ce dernier symptôme, il s’agit de manifestations cliniques qui ne sont pas spécifiques de la Covid-19 et qui pourraient par exemple être liées à d’autres infections contractées sur la même période ou à un accès plus restreint au système de santé pendant la pandémie. Afin de mieux comprendre et mieux prendre en charge l’état « post-Covid », il est donc essentiel pour les scientifiques de déterminer quels symptômes persistants sont plus étroitement associés à une infection par le SARS-CoV-2.

Une étude représentative de la population générale

Conduite par des chercheurs et chercheuses de l’Inserm, de l’Université Paris-Saclay et de Sorbonne Université à l’Institut Pierre-Louis d’épidémiologie et de Santé Publique, en collaboration avec l’ANRS-Maladies infectieuses émergentes, la nouvelle étude publiée dans journal The Lancet Regional Health – Europe se penche sur cette question. Cette étude puise d’abord son originalité dans le fait qu’elle a été réalisée dans une cohorte en population générale. Les cohortes en population générale se distinguent des cohortes construites à partir d’échantillons de malades Covid (par définition tous « symptomatiques » et souvent avec des formes cliniques sévères ou hospitalisés), qui ne sont pas représentatives de l’ensemble des personnes infectées.

Ce type de cohorte permet donc d’appréhender des problématiques de santé publique en élaborant des groupes comparatifs, par exemple selon la sévérité des symptômes présentés au moment de l’infection. L’autre originalité du travail est que l’ensemble des participants a bénéficié d’un test sérologique a posteriori pour rechercher un historique d’infection par le SARS-CoV-2. Cela différencie ce travail de la plupart des travaux qui ont été réalisés sur le sujet, qui s’intéressent aux personnes ayant réalisé un test PCR et qui ont présenté des symptômes.

Ainsi, ce travail permet de comparer la persistance de symptômes sept à huit mois après la première vague de la pandémie dans quatre groupes de participants répartis en fonction des symptômes qu’ils avaient eus pendant cette première vague et de leur statut sérologique (témoignant ou non d’une infection par le SARS-CoV-2). 

Le premier groupe de participants comprenait toutes les personnes ayant un test sérologique positif à la Covid-19 et ayant rapporté des symptômes pendant la première vague. Dans le deuxième groupe, les individus avaient un test positif mais pas de symptômes. Le troisième groupe était celui des personnes ayant un test sérologique négatif et des symptômes tandis que le quatrième groupe était asymptomatique pendant la première vague, avec un test sérologique négatif.

Variabilité des symptômes selon le statut sérologique

Issus de la cohorte Constances, 25.910 participants ont répondu à deux questionnaires lors de la première vague de la pandémie de Covid-19, afin de déterminer la présence de symptômes dans les quinze jours qui précédaient. Un test sérologique a ensuite été effectué pour chacun d’entre eux, entre mai et novembre 2020, afin d’identifier les personnes ayant été exposées au virus.

Enfin, entre décembre 2020 et février 2021, un troisième questionnaire portant sur les symptômes ayant persisté ou persistant depuis au moins deux mois a été proposé aux participants. Ce questionnaire comportait la liste de symptômes recherchés pendant les premières vagues de questionnaires, mais également de nouveaux symptômes dont se plaignent les personnes atteintes de « Covid long » (trouble de la concentration et de l’attention, douleurs thoraciques…).

Les chercheuses et les chercheurs ont comparé les individus ayant présenté des symptômes évoquant une infection respiratoire aiguë en fonction de leurs résultats sérologiques. Ils ont observé que les personnes symptomatiques et présentant une sérologie positive présentaient plus d’anosmiedysgueusie, de dyspnée et de fatigue persistantes que les individus séronégatifs pour le SARS-CoV-2. Les autres symptômes avaient une fréquence équivalente.

La persistance des symptômes liée au moment de l’infection

Les auteurs ont ensuite exploré le lien entre infection, symptômes aigus et symptômes persistants. Les résultats de leurs analyses statistiques montrent que l’infection par le SARS-CoV-2 a essentiellement un effet sur la persistance des symptômes si elle induit certains symptômes au moment de l’épisode aigu de l’infection.

« Nos résultats confirment l’importance de l’expression clinique de l’épisode infectieux initial dans le risque de développer des symptômes persistants. Ils peuvent aider à guider les politiques publiques en apportant des données plus précises sur le type de symptômes persistants de la Covid-19 et en incitant à développer des stratégies de prise en charge plus efficaces. Promouvoir des thérapies et des approches préventives, comme la vaccination, qui réduisent les symptômes lors la phase aiguë de la maladie pourrait aussi avoir un effet bénéfique sur les états post-Covid », soulignent les auteurs de l’étude.

Ces résultats témoignent de la complexité des mécanismes pouvant expliquer les symptômes persistants, en soulignant que ces symptômes peuvent être liés au virus, à la présentation clinique initiale de l’infection et à d’autres causes non spécifiques. Ils suggèrent aussi l’importance de mener des études sur les états post-infectieux, quel que soit le micro-organisme incriminé.

D’autres travaux sont en cours pour comprendre les mécanismes à l’origine de ces états « post-Covid » et pour quantifier la part de ces symptômes persistants attribuable à l’infection par le SARS-CoV-2.

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