Illustration article

Une étude choc questionne l’efficacité des antidépresseurs

Coup de tonnerre au sein de la psychiatrie. Une étude publiée fin juillet 2022 remet en cause les bénéfices de la sérotonine et accuse les antidépresseurs d’avoir un effet placebo. Une analyse qui ne fait pas consensus chez les scientifiques.

1,9 million. C’est le nombre d’antidépresseurs supplémentaires délivrés en France entre 2020 et 2021, d’après un rapport Epi-phare publié en mai 2021. Si la France n’est plus championne européenne de consommation de psychotropes, la crise sanitaire a tout de même réveillé de vieilles habitudes (article en lien ci-dessous). Or une vaste enquête « choc » publiée le 20 juillet 2022 dans la revue scientifique Nature (en lien ci-dessous, en anglais) remet en cause l’efficacité des traitements contre la dépression.

Aucune preuve !

Elle désigne plus précisément les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS). Prozac, Deroxat, Zoloft, pour ne citer qu’eux, opèrent dans le cerveau de la personne atteinte de dépression afin d’augmenter le taux de sérotonine, un neurotransmetteur notamment associé à l’état de bonheur. Mais pourrait-il n’y avoir aucun lien entre les niveaux de sérotonine et la dépression ? Oui, conclut l’analyse de 17 études menée par plusieurs scientifiques internationaux, dont Joanna Moncrieff de l’University College of London. Son équipe a découvert qu’il n’y avait aucune preuve qu’une faible activité ou quantité de sérotonine cause la dépression. Cette révélation va à contre-courant de décennies de recherches qui ont justifié l’avènement des antidépresseurs dans les années 1990. « La conclusion de notre article est que nous ne savons pas à quoi servent les antidépresseurs ISRS, déclare la chercheuse. Il est possible qu’ils aient un effet placebo. »

Les limites d’une étude polémique

Une analyse à prendre avec des pincettes comme nombre d’études scientifiques tout juste sorties de laboratoires. Selon Johan Lundberg, de l’Institut Karolinska en Suède, interrogé dans le New Scientist, les travaux de l’équipe Moncrieff ont fait l’impasse sur une donnée importante : la distinction entre les personnes souffrant de dépression continue et celles qui ont des épisodes de dépression, dont l’état au moment où elles ont été évaluées pourrait affecter le fonctionnement de leur système sérotoninergique. Pour Paul Albert, un autre chercheur en neurosciences, la sérotonine, aussi appelée 5-HT dans le jargon scientifique, n’est qu’un des facteurs de la dépression. La dopamine, un neurotransmetteur qui influe directement sur le comportement, est aussi impliquée. 

Pas d’automédication

Le porte-parole du Royal college of psychiatrists s’est empressé de nuancer les propos de la cohorte scientifique qui, pris à la lettre par les patients traités pour dépression, pourraient conduire à des situations dramatiques : « Les antidépresseurs sont un traitement efficace et recommandé par le National institute for health and care excellence (NICE) pour la dépression qui peut également être prescrit pour une palette de problèmes de santé physique et mentale. Les antidépresseurs auront une efficacité variable selon les personnes, et les raisons en sont complexes. Nous ne recommanderions à personne d’arrêter de prendre ses antidépresseurs sur la base de cet examen et encourageons toute personne ayant des inquiétudes au sujet de ses médicaments à contacter son médecin ». Dans une interview accordée à Femme Actuelle en 2015, la psychiatre Adeline Gaillard déclarait : « Affirmer que les antidépresseurs sont inutiles, cela revient à dire aux malades que l’on ne peut rien faire pour eux. C’est terrible ». S’ils sont indispensables dans le traitement de la maladie, ils doivent donc être prescrits de façon équilibrée et adaptée selon le type de dépression, sans se substituer non plus à une thérapie.

“Tous droits de reproduction et de représentation réservés.© Handicap.fr. Cet article a été rédigé par Clotilde Costil, journaliste Handicap.fr”

Leave a Comment

Your email address will not be published.