Pourquoi certains vaccins périmés contre la variole du singe ont quand même été administrés

Pourquoi certains vaccins périmés contre la variole du singe ont quand même été administrés

Voilà près d’un mois que la vaccination contre la variole du singe a été élargie en France par le ministère de la Santé. Car face à la flambée des cas, qui touche principalement des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, le temps presse. Alors que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a déclenché son niveau d’alerte maximal, les autorités sanitaires en France ont elles assuré être sur le pied de guerre, affirmant notamment avoir « largement le nombre de doses suffisantes pour la population qui est principalement à risque ».

Pourtant, selon de nombreux patients déjà éreintés par des délais d’attente parfois très longs pour obtenir un créneau de vaccination, « tout ne va pas si bien dans la réalité ». Vendredi 5 août 2022, l’association de lutte contre le VIH Act Up-Paris a ainsi soulevé un lièvre, révélant sur Twitter que certaines personnes s’étaient vu injecter des vaccins contre la variole du singe périmés depuis mars 2020, sans en avoir été prévenues.

Comment cela est-il possible ? Ces injections représentent-elles un danger pour les personnes concernées ? On fait le point.

Péremption du lot P00027

Revenons quelques jours en arrière. Nous sommes le 29 juillet. Ce jour-là, sur Twitter, un homme partage sur le réseau social la photo d’un lot d’Imvanex, nom sous lequel le seul vaccin autorisé actuellement pour la variole du singe est commercialisé en Europe. Mais problème : l’emballage du lot révèle que le vaccin est en réalité périmé… depuis cinq ans. Pourtant l’homme assure avoir été vacciné avec.

De nombreux messages similaires seront diffusés les jours suivants, tant et si bien que le 5 août, l’association de lutte contre le VIH Act Up-Paris décide finalement d’intervenir et interpelle le ministère de la Santé.

« Nous avons été alertés sur la péremption du lot P00027 d’IMVANEX© avec une date d’expiration allant de 2017 à 2020 en fonction de la conservation des doses (de -20° à -80°) », indique ainsi l’association dans un message Twitter. Avant de poursuivre et rassurer : « Après vérification, les contrôles réalisés en 2022 par l’établissement pharmaceutique de Santé publique France, en lien avec le laboratoire (danois) Bavarian Nordic et l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament), ont permis d’effectuer une extension de péremption, prolongée de 5 ans, jusqu’au 31/03/2024. Ce lot est donc valable dans les standards habituels de sécurité et d’efficacité ».

Des contrôles réguliers

Concrètement, les autorités sanitaires auraient donc prolongé, « sans prévenir les personnes concernées », les étiquettes de certains lots de vaccin contre la variole du singe, en omettant cependant de les modifier pour intégrer la prolongation de la validité de ces doses, qui ne sont pas considérées comme périmées.

Dans une lettre d’information datée du 20 juillet, la direction de la cellule « Alerte et Crise » de Santé publique France reconnaît effectivement se préparer à procéder « à une distribution du lot P00027 du vaccin antivariolique d’Imvanex » qui peut être « utilisé au-delà de sa date de péremption initiale », notamment « du fait de contrôles réguliers ».

Selon Santé publique France, ce lot de vaccins, fabriqué en mars 2015, est d’ailleurs détenu « depuis plusieurs années » et a, depuis sa date de péremption initiale (au 31 mars 2017), fait l’objet de prolongations successives de sa durée de conservation. D’après Le Parisien , ce lot a en outre été testé début 2020 puis au premier trimestre 2022.

Des stocks « par sécurité »

Mais alors comment expliquer que les autorités sanitaires détiennent des stocks de vaccins contre la variole du singe périmés depuis si longtemps ?

Pour le comprendre, il faut remonter plus de vingt ans en arrière, en 2001. Cette année-là, les États-Unis sont victimes le 11-Septembre d’attentats, toujours à ce jour les plus meurtriers de l’Histoire avec près de 3 000 morts. Dès lors, le bruit court qu’une attaque bioterroriste utilisant le virus de la variole serait probable.

Pour pallier tout risque de voir la variole être utilisée comme une arme biologique, plusieurs pays, dont la France, et l’OMS décident alors de conserver par sécurité des stocks de vaccin anti-variolique.

Dès 2003, le laboratoire Bavarian Nordic s’associe donc avec les autorités américaines : les stocks de vaccins anti-varioliques commencent. Avant la flambée épidémique de la variole du singe, pas moins de 30 millions de doses leur ont au total été livrées par le laboratoire danois. Et depuis la flambée actuelle de la variole du singe, un accord prévoyant 7 millions de doses supplémentaires aux Etats-Unis a été signé.

Selon l’OMS, il y aurait ainsi actuellement 16 millions de doses réalisées à partir de la souche virale MVA-BN (modified vaccinia Ankara virus) dans le monde, majoritairement en vrac, ce qui nécessiterait quelques mois avant une mise en flacon pour les utiliser.

Si la France s’est elle aussi dotée de stocks stratégiques depuis plusieurs années, expliquant la présence de lots périmés mais « valables », il est en revanche difficile de connaître l’état de ses stocks, le ministère de la Santé opposant le secret-défense au grand dam d’associations et d’élus.

Manque de « transparence »

Il y a deux semaines, l’Inter-LGBT s’est d’ailleurs insurgée face au manque de transparence et de préparation du gouvernement « concernant l’épidémie de variole du singe », évoquant notamment des « difficultés à prendre rendez-vous » pour une vaccination et des « livraisons de doses insuffisantes ».

L’Inter-LGBT a d’ailleurs réclamé « la levée du secret-défense sur les vaccins de 3e génération de la variole et le volume des commandes et mises à disposition dans les centres de vaccination à l’échelle nationale ».

De son côté, l’association de lutte contre le VIH Act Up-Paris a annoncé sur Twitter vendredi 5 août avoir « demandé à la Direction générale de la santé et au ministère de la Santé une plus grande transparence et une communication des données scientifiques et des avis, pour chaque lot afin que les personnes vaccinées puissent être informées ».

Au 4 août 2022, 2 423 cas de variole du singe étaient recensés en France.

Leave a Comment

Your email address will not be published.