Julien Doré, l’inquiétude subtile

Julien Doré, l’inquiétude subtile

Musique

Si Aimée fait figure d’album phénomène, sa tournée monumentale l’est tout autant. Julien Doré habille ses questionnements de légèreté et nous invite dans ses bains de nature, entre plage et montagne, pour mieux nous parler de « Nous ». Invitation à un été ocre et éclatant.

Par Gilda Benjamin

Depuis son retour dans les Cévennes, sa région natale, Julien Doré a trouvé son équilibre : d’homme, de père, d’artiste. De quoi l’animer d’une énergie décuplée sur scène. La Belgique, avec laquelle il entretient une longue amitié, pourra encore s’en rendre compte ce 6 août au Ronquières Festival et le 11 décembre à Forest National.

Paris Match. Comment garder l’énergie après tant de mois de concerts ?
Julien Doré. Les festivals d’été sont tels le prolongement à ciel ouvert d’une tournée commencée en février où je présente un spectacle conçu comme extrêmement solaire, enfantin, avec la volonté de retrouver tous ensemble un sourire et une énergie. J’ai la chance, depuis 15 ans, de faire de la musique et des concerts. Comme dans la vie de tous les jours, mon parcours se dessine en cycles. Durant 2 ou 3 ans, je vais créer des chansons, les nourrir, les habiller d’images et les porter sur scène afin de les partager avec le public. Une fois la tournée achevée, je retrouve une vie somme toute normale, avec un rapport au temps le plus sain possible. Alors j’observe et me nourris en espérant donner corps à de nouvelles chansons. Je suis plutôt un type très calme. Il est vrai que les années de musique sont vécues très intensément et j’essaye d’injecter toute l’énergie possible dans mes activités professionnelles toujours animées par la passion. Psychologiquement, j’ai besoin des périodes où je me pose, où je prends le temps. Je pense que c’est aussi une forme de respect envers le public dans une époque où tout doit aller très vite, dans une tyrannie de l’instant. Je ne me vois pas proposer un album tous les ans, j’ai tendance à me perdre confronté à une telle pression.

Nouvelle vie, nouveau rythme ?
Je m’inspire d’un artiste comme Francis Cabrel. J’ai du mal à envisager une surexistence artistique et médiatique. J’ai autant besoin d’être sur scène que d’en descendre. Pourtant, à mes débuts, j’ai pu ressentir cette peur de la tournée qui s’arrête, persuadé que l’ennui surgirait et que je devais vite écrire et composer. Mais quand j’ai trouvé un équilibre en tant qu’homme, avec notamment mon retour dans les Cévennes et ma vie proche de la nature, les choses se sont apaisées. Je n’ai plus besoin de « surexister » en permanence car j’ai enfin le sentiment d’exister aussi dans ma vie d’homme.

DR.

L’élégance serait-elle de parler de sujets graves sans « saoûler » le public ?
Si on pouvait avoir la recette idéale pour aborder des thèmes sombres sans pour autant perdre l’attention de ceux et celles qui nous écoutent ce serait formidable, ne fut-ce que d’un point-de-vue pédagogique. Mais il n’existe pas de recette, juste une démarche qui peut fonctionner si elle est sincère et dégagée de toute leçon de morale. J’ai la chance d’avoir un public large et bienveillant, et notamment des tout-petits qui chantent mes chansons et regardent mes clips. Le rapport de transmission passe aussi beaucoup par l’humour et des images fortes susceptibles de donner lieu à des discussions et pousser à la réflexion. Cette démarche a été très importante dans ce dernier album : alimenter un partage entre parents et enfants ou même grands-parents. La notion de transmission a été très présente dès le départ de l’écriture des chansons. Il y a quelque chose de très instinctif dans mon écriture, je ne pars jamais d’un sujet précis mais plutôt de quelques accords ou mots, assis devant mon piano. À l’écoute d’une chanson comme Coco Câline ou Kiss Me Forever, les gens sourient sans se poser beaucoup de questions. Mais elles peuvent tout à fait dialoguer avec des titres comme Nous qui questionne quant à la place de l’être humain sur cette planète mais en proposant un clip amusant peuplé de dinosaures. La Fièvre ou Barracuda va à la rencontre des interrogations de centaines de milliers de personnes. C’est en cette sensibilité commune que réside la magie de la musique.

Musique, écriture, image, comédie, dessin…. Avez-vous besoin de plusieurs modes d’expression pour converger vers une inspiration globale ?
C’est ma façon de créer. Quand j’écris une dizaine de chansons, je pense déjà à la pochette de l’album, aux images du livret, aux clips, aux futurs décors du spectacle. Tout se conjugue. J’aime triturer des matériaux artistiques différents en même temps. Bien sûr, au fur et à mesure des étapes, je bénéficie d’une équipe qi m’aide à développer ces idées mais je prends, en amont, un énorme plaisir à dessiner un univers total dans lequel m’immerger durant quelques années. Ce n’est pas un hasard si j’ai fait des études d’histoire de l’art et de dessin. Je dessine d’ailleurs pour mon seul plaisir en-dehors de tout objectif professionnel. Le dessin m’apaise, je peux y passer des heures, je ressens un besoin d’expression par la main, cette main qui parfois écrit des textes, se pose sur un piano ou une guitare. Et qui, depuis plusieurs mois, a aussi besoin de travailler la terre, de s’occuper du potager… C’est important ce rapport à la main qui fabrique, manipule, caresse l’espoir de faire des jolies choses. La terre me permet d’avoir un lien au temps apaisé, d’oublier le miroir, l’ego, et de réaliser des choses sans plus me trouver au centre. On en revient à l’équilibre entre vie d’homme et vie d’artiste.

« Le ciel m’enchante, chaque soir j’admire la voie lactée, dénuée de toute pollution lumineuse »

Que représente l’été pour vous qui êtes un homme du Sud et des montagnes ?
Hors concerts, je profite pleinement de la beauté de l’endroit où je vis tout en accueillant mes proches et mes amis. Le temps n’attend alors rien d’autre de moi que d’être en accord avec lui et mon environnement. En été, j’aime être chez moi, à l’abri des chênes et des oliviers, en profitant doucement de chaque minute. La nature qui m’entoure, de par les vallées et les forêts, me dépasse. Le ciel m’enchante, chaque soir j’admire la voie lactée, dénuée de toute pollution lumineuse. Tant d’immensité et de beauté me ramène à mon rôle d’humain sur terre. Devant cette puissance et cette grandeur, je me dis que le peu que je suis, dans le peu de temps qui m’est imparti, a une responsabilité.

Avez-vous toujours connu cette immédiateté du contact avec les gens ?
Oh non, j’avais beaucoup de mal avec la sociabilité. Une immense timidité m’a plongé, durant toute mon enfance et mon adolescence, dans une très grande solitude. L’ouverture aux autres est venue avec le sentiment d’être écouté et compris, au moment de mes études aux Beaux-Arts et ensuite, doucement, grâce à la musique. D’abord dans des bars du sud de la France et ensuite avec ce grand plongeon que fut La Nouvelle Star il y a 15 ans. Et si je donnais l’impression d’afficher une personnalité très affirmée de par mon style, ce n’était pas le cas. Par contre, le stress et la peur m’ont aidé à me construire une carapace. J’avais très peur que ma liberté s’évapore et qu’on me force, parce que filmé et exposé à la France entière, à franchir mes limites. Je n’avais aucune idée de ce que je dégageais. Encore aujourd’hui, quand je vois ces images, je me demande comment le garçon timide que j’étais a pu aller au bout. Mais ma carapace forgée par obligation m’a aidé à dire non sans jamais prononcer le mot. Mon attitude éloignait les propositions fâcheuses. Le plaisir de jouer avec des musiciens a fini par dominer car, dans cette émission, seule la musique importait.

Vous avez choisi de terminer votre tournée en Belgique. Les Belges sont-ils tout simplement irrésistibles ?
Il y a dans cette salle quelque chose de bouillonnant, une énergie palpable à la seconde, il était impensable de terminer ma tournée ailleurs. Mon lien avec la Belgique est bien antérieur à La Nouvelle Star. Déjà lors de mes études d’histoire de l’art au Lycée et puis aux Beaux-Arts, j’étais très attiré par les artistes plasticiens belges. C’est à cette même époque que j’ai monté un groupe et nous étions très admiratifs de Sharko, Ghinzu, Girls in Hawaï, et Arno bien sûr. Il y a eu cette rencontre avec David Bartholomé de Sharko, les premiers concerts, les premières parties du groupe… Il y a l’idée de jouer du ukulélé en regardant Hep Taxi. L’amitié qui m’unit à Virginie Efira, tellement proche à qui je raconte tout, présente depuis le début de ma carrière. Brice VDH, le réalisateur belge de mes clips. Et bon nombre de mes moments de drôlerie, de rigolade intense, je les dois à mes amis belges. L’humour est ancré en vous. La Belgique est dans mon cœur, à jamais.

En concert ce samedi au Ronquières Festival et le 11 décembre à Forest National.

Album : Julien Doré, Aimée, Sony Music

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