Shigellose ultrarésistante : quels risques ?

Shigellose ultrarésistante : quels risques ?

Une épidémie de shigellose ultrarésistante aux antibiotiques préoccupe les microbiologistes. Elle concerne actuellement en Europe surtout les hommes qui ont des rapports sexuels avec d’autres hommes, mais pourrait à terme, s’étendre…

La shigellose est une infection intestinale très répandue, notamment dans les pays en voie de développement (99% des cas). Elle se manifeste par de fortes diarrhées, parfois sanglantes. Elle reste habituellement bénigne, sauf chez les plus fragiles. Les cas graves requièrent des antibiotiques. Chaque année, selon les estimations de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), il y aurait 80 millions de shigelloses dans le monde, et 700 000 morts, dont 60 à 70% d’enfants de moins de 5 ans.

La bactérie responsable, la Shigella (découverte en 1897 par un microbiologiste japonais, Kiyoshi Shiga) ne vit que dans les intestins humains. Elle se transmet par voie fécale-orale, le plus souvent par contact direct entre les personnes. Elle ne survit pas longtemps dans l’environnement, mais mieux vaut bien se laver les mains lorsqu’on en est atteint ! Plusieurs espèces de Shigella ont été décrites : Shigella sonnei est l’espèce la plus répandue en Europe. La shigellose est extrêmement contagieuse : il suffit de 10 à 100 bacilles pour s’infecter.

Une gastro sexuellement transmissible

En Europe, la shigellose a été pendant longtemps associée à des voyages dans les pays en voie de développement, et parfois à de petites épidémies ponctuelles en écoles ou institutions. Mais depuis une dizaine d’années, elle est, en plus, devenue une infection sexuellement transmissible : Shigella sonnei est désormais la principale cause de gastro-entérites chez les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH). Or récemment, des souches ultrarésistantes aux antibiotiques (Shigella sonnei XDR) ont été identifiées dans les réseaux HSH européens. Et l’une d’elles est particulièrement préoccupante, car elle s’y propage désormais de manière épidémique.

Fin janvier 2022, les autorités sanitaires britanniques annonçaient avoir enregistré près de 50 cas graves d’infection à Shigella sonnei XDR en 4 mois, contre 16 au cours des 18 mois précédents. Fin mars 2022, une augmentation de cas similaires ayant été répertoriée en Autriche, Belgique, Danemark, France, Allemagne, Irlande, Italie, Norvège et Espagne, l’OMS a lancé une alerte épidémique mondiale.

“En France, les premiers cas liés à cette souche épidémique de Shigella sonnei XDR datent de septembre 2020”, détaille Sophie Lefèvre, microbiologiste et Directrice adjointe du Centre National de Référence des Escherichia coli, Shigella et Salmonella à l’Institut Pasteur à Paris. “Moins de 10 cas ont été recensés entre septembre et décembre 2020, puis nous en avons détecté une centaine en 2021. Depuis début 2022, le nombre de cas infectés par cette souche se maintient avec une moyenne d’une dizaine de cas par mois”. Mais ce n’est probablement que la face émergée de l’iceberg : actuellement seuls les cas les plus graves, ayant justifié une consultation médicale, sont répertoriés.

Des souches ultrarésistantes préoccupantes

Début juillet, une publication de chercheurs britanniques a établi que l’infection était au Royaume-Uni particulièrement répandue chez les HSH non immunodéprimés utilisant une prophylaxie préexposition (PrEP) au VIH. “Le dépistage de la shigellose devrait faire partie du bilan de suivi des patients sous PrEP, même en l’absence de diarrhée (on peut être porteur pendant plusieurs semaines sans signe clinique associé)”, suggère Sophie Lefèvre. Doit-on craindre une extension de l’épidémie ? Compte tenu de la très haute contagiosité des shigelloses, rien ne permet de l’exclure. Les auteurs britanniques mentionnent d’ailleurs déjà deux cas graves chez des personnes immunodéprimées (un homme et une femme), qui ne sont pas associés à une transmission sexuelle.

Mais surtout, “si ces Shigella sonnei ultrarésistantes s’introduisent dans des pays aux ressources limitées où les conditions d’approvisionnement en eau, d’assainissement et d’hygiène sont sous-optimales, elles risquent d’entraîner des flambées majeures de maladie diarrhéique avec un taux de létalité potentiellement élevé, y compris chez les enfants”, avertit l’OMS, qui a classé les Shigella parmi les 12 “pathogènes prioritaires” pour lesquels de nouveaux traitements (vaccins ou antibiotiques) doivent être rapidement trouvés.

À savoir : En cas de diarrhée suite à un contact sexuel au sein de réseaux HSH :

– Demandez à votre médecin traitant un dépistage de la shigellose, avec un antibiogramme (étude de la sensibilité aux antibiotiques) associé, avant toute prise d’antibiotiques ;

– s’il est positif, pas d’activité sexuelle pendant au moins 7 jours après l’arrêt des symptômes , ni de spas, natation, jacuzzis, bains chauds… ou de préparation de repas pour d’autres personnes.

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