Le 21e siècle, celui des épidémies ? Une "dynamique effrayante" pour la variole du singe, pas une simple IST : "Le préservatif ne l’arrêtera pas"

Le 21e siècle, celui des épidémies ? Une “dynamique effrayante” pour la variole du singe, pas une simple IST : “Le préservatif ne l’arrêtera pas”

Que faut-il craindre ?

Une sous-estimation du risque. Pour le moment, cette épidémie paraît sans grand danger car la mortalité est très rare et le taux d’hospitalisation faible. Mais c’est parce qu’elle touche surtout des individus jeunes et en bonne santé, donc peu susceptibles de faire des complications. On peut craindre une évolution similaire à celle du HIV, qui dans un premier temps était limitée à la communauté gay puis a ensuite très vite affecté l’ensemble de la population. Surtout qu’il ne s’agit pas ici, j’insiste, d’une maladie qui ne se transmettrait que via des contacts sexuels. Le virus peut se transmettre via n’importe quel contact cutané et aussi via des objets contaminés comme des vêtements.

On peut également craindre que le virus ne trouve un “réservoir” animal en Europe, en particulier chez les rongeurs. Les rats pourraient, par exemple, être contaminés via les eaux usées comme on l’a déjà vu pour d’autres virus. Il deviendrait alors impossible d’éradiquer ce virus en Europe.

Si on n’arrive pas à contrôler sa propagation, ce virus va devenir endémique et nous serons alors confrontés en Europe à une nouvelle maladie qui nous menacera au quotidien.

Est-ce qu’on peut traiter la variole du singe comme une IST (infection sexuellement transmissible) classique ?

Non, c’est très important à comprendre. Elle est sexuellement transmissible mais pas uniquement. Un préservatif n’arrêtera pas sa transmission par exemple, car il faut des contacts étroits, mais pas nécessairement sexuels. De plus, c’est un virus qui est plus résistant que le SARS-CoV-2, il peut persister sur les objets. Un individu infecté a donc de fortes chances de contaminer ses proches s’il ne s’isole pas.

Que faudrait-il faire ?

Ce n’est pas simple. L’OMS a recommandé de tester et surtout de tracer les cas contact. Mais à cause du risque de stigmatisation, on s’attend à une sous-déclaration des cas. On sait aussi que la vaccination seule ne sera pas suffisante. Car qui vacciner ? Tous les homosexuels ? Tous les soignants ? Personne ne va tenter d’imposer ça. Et de toute façon, en pratique, on n’est pas capable de mettre en place une vaccination de masse aujourd’hui car on ne dispose en Belgique que de quelques milliers de doses de vaccins, alors qu’il en faudrait des centaines de milliers pour protéger tous les individus à risque.

Personnellement, je trouve inquiétant qu’il n’y ait aucune tentative concertée en Europe de tracer plus systématiquement les cas contacts ou d’imposer un isolement strict aux malades. Je peux évidemment comprendre la réticence au vu des populations touchées, mais cela pose quand même question en matière de santé publique. Si cet agent infectieux devient endémique en Europe, il représentera un risque pour tout le monde et pourrait avoir un coût important sur le long terme. Bref, je trouve qu’on refait les mêmes erreurs qu’avec le Covid, laisser circuler le virus et ensuite se retrouver avec le ‘vivre avec’ comme seule option.”

On n’avait plus connu d’épidémie depuis longtemps, et puis voilà qu’à peine sorti du Covid, nous sommes confrontés à une nouvelle menace. Est-ce que ça risque de continuer ?

“C’est une des conséquences évidentes de la mondialisation, on globalise aussi les agents pathogènes. Jusqu’ici, la vaccination contre la variole ‘commune’ a protégé les Africains contre la variole du singe. Et jusqu’il y a quelques années, c’était une population qui était encore peu connectée avec le reste du monde. Mais on ne vaccine plus contre la variole et l’interconnexion avec l’Afrique va croissant.

Tous les experts en éco-infectiologie affirment que le 21e siècle va être celui des épidémies, en lien avec l’interconnexion des populations et surtout le changement climatique. On voit l’apparition de plus en plus fréquente de nouveaux agents pathogènes mais également de facteurs de résistance chez les anciens. L’OMS s’alerte par exemple beaucoup sur la résistance aux antibiotiques, qui nous avaient jusqu’ici protégés efficacement de nombreuses infections bactériennes.

Le prix à payer par nos sociétés pour cette globalisation des épidémies risque d’être très important sur le long terme. Comme on l’a vu avec le Covid, les épidémies affectent tous les aspects de notre existence. C’est très inquiétant que cela ne soit pas pris plus au sérieux par les décideurs politiques. Les négociations pour un ‘traité international sur les pandémies’, qui serait juridiquement contraignant pour les 194 Etats membres de l’OMS, ont commencé cette année. Mais l’Europe devrait tenter de se doter au plus vite d’une solide politique sanitaire commune. C’est indispensable pour le futur.”

Leave a Comment

Your email address will not be published.