📰 L'anaplasmose de Sparouine, une nouvelle zoonose transmise par les tiques dĂ©couverte en Guyane

📰 L’anaplasmose de Sparouine, une nouvelle zoonose transmise par les tiques dĂ©couverte en Guyane

Les tiques sont responsables de la transmission de nombreuses zoonoses, qui sont des maladies infectieuses transmises de l’animal Ă  l’humain. Une Ă©tude publiĂ©e dans le journal Emerging Infectious Diseases le 8 aoĂ»t 2022 vient de mettre en Ă©vidence une nouvelle zoonose (Une zoonose (du grec zĂŽon, « animal » et nosos,…) transmise par les tiques dans une rĂ©gion reculĂ©e de Guyane. Cette maladie (La maladie est une altĂ©ration des fonctions ou de la santĂ© d’un organisme vivant, animal…), l’anaplasmose de Sparouine, a Ă©tĂ© dĂ©couverte suite Ă  l’infection d’un orpailleur vivant au coeur de la forĂȘt tropicale humide (La forĂȘt tropicale humide, aussi dite pluviale, est un biome des zones intertropicales,…). L’infection de ses globules rouges par une bactĂ©rie (Les bactĂ©ries (Bacteria) sont des organismes vivants unicellulaires procaryotes, caractĂ©risĂ©es…) inconnue jusqu’alors a entraĂźnĂ© une dĂ©gradation sĂ©vĂšre de son Ă©tat de santĂ© (La santĂ© est un Ă©tat de complet bien-ĂȘtre physique, mental et social, et ne consiste…) et a nĂ©cessitĂ© son hospitalisation. Ces travaux montrent Ă©galement que des bactĂ©ries gĂ©nĂ©tiquement proches circulent parmi les tiques et des mammifĂšres d’AmĂ©rique (L’AmĂ©rique est un continent sĂ©parĂ©, Ă  l’ouest, de l’Asie et…) du Sud (Le sud est un point cardinal, opposĂ© au nord.) qui pourraient constituer les rĂ©servoirs naturels de l’infection.


Représentation de la diversité des espÚces de tiques présentes en Guyane. Crédits: Florian Binetruy et Olivier Duron.

Vecteurs majeurs d’agents pathogĂšnes, les tiques sont particuliĂšrement bien connues en Europe (L’Europe est une rĂ©gion terrestre qui peut ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme un…) pour leur rĂŽle dans la propagation de zoonoses comme la maladie de Lyme (La maladie de Lyme est une maladie bactĂ©rienne. Elle est multiviscĂ©rale (pouvant affecter…). En se nourrissant au dĂ©pend de la faune sauvage, les tiques peuvent ensuite transmettre des pathogĂšnes zoonotiques Ă  l’humain. En Guyane, l’exploitation de zones naturelles reculĂ©es a conduit Ă  l’Ă©mergence d’une nouvelle zoonose Ă  tiques, inconnue jusqu’alors, l’anaplasmose de Sparouine.

L’anaplasmose de Sparouine est Ă  ce jour (Le jour ou la journĂ©e est l’intervalle qui sĂ©pare le lever du coucher du Soleil ; c’est la…) une maladie rare (Les maladies rares ou maladies orphelines sont des maladies dont la prĂ©valence est faible,…) avec un seul cas connu. Cependant, les conditions dans lesquelles cette maladie a Ă©tĂ© dĂ©couverte sont illustratives des risques associĂ©s Ă  l’exploitation de zones naturelles reculĂ©es. L’anaplasmose de Sparouine est apparue sur un site d’orpaillage illĂ©gal au coeur de la forĂȘt (Une forĂȘt ou un massif forestier est une Ă©tendue boisĂ©e, relativement dense,…) tropicale humide de Guyane. Pour les populations vivant sur les sites d’orpaillage, la crainte des autoritĂ©s entrave l’accĂšs aux centres de santĂ© et les Ă©pidĂ©mies de paludisme (Le paludisme (du latin paludis, « marais »), aussi appelĂ© malaria (de…) y apparaissent rĂ©guliĂšrement. C’est justement une campagne (La campagne, aussi appelĂ©e milieu rural dĂ©signe l’ensemble des espaces cultivĂ©s…) d’Ă©tude du paludisme, avec l’examen de plus de 360 prĂ©lĂšvements sanguins, qui a mis en Ă©vidence la prĂ©sence d’une nouvelle bactĂ©rie pathogĂšne (Le terme pathogĂšne (du grec Ï€Î±ÎžÎżÎł?ΜΔÎčα !…), Anaplasma sparouinense, et ainsi la dĂ©couverte fortuite de l’anaplasmose de Sparouine.

Lors du premier prĂ©lĂšvement sanguin (Le prĂ©lĂšvement sanguin est un soin rĂ©alisable par un infirmier,un technicien de…) en 2019, le patient (Dans le domaine de la mĂ©decine, le terme patient dĂ©signe couramment une personne recevant…) ne prĂ©sentait aucun symptĂŽme (Un symptĂŽme reprĂ©sente une des manifestations subjectives d’une maladie ou d’un processus…) particulier, bien que de nombreux globules rouges prĂ©sentaient alors des inclusions cytoplasmiques indiquant une quantitĂ© (La quantitĂ© est un terme gĂ©nĂ©rique de la mĂ©trologie (compte, montant) ; un scalaire,…) importante de bactĂ©ries. Dix-huit mois (Le mois (Du lat. mensis «mois», et anciennement au plur. «menstrues») est une pĂ©riode de temps…) plus tard, le patient a Ă©tĂ© admis au Centre Hospitalier de Cayenne pour fiĂšvre (La fiĂšvre est l’Ă©lĂ©vation de la tempĂ©rature corporelle chez un ĂȘtre Ă …), myalgies, cĂ©phalĂ©es, Ă©pistaxis et anĂ©mie (L’anĂ©mie (du privatif an- et du grec ancien haimos, « sang ») est une…) sĂ©vĂšre. Une large investigation microbiologique avait alors permis d’exclure la prĂ©sence d’agents infectieux courants, et seul un examen ADN, rĂ©alisĂ© a posteriori, a permis la dĂ©couverte d’Anaplasma sparouinense. Le patient prĂ©sentait un facteur de comorbiditĂ©, ayant subi dans le passĂ© (Le passĂ© est d’abord un concept liĂ© au temps : il est constituĂ© de l’ensemble…) une splĂ©nectomie (ablation chirurgicale de la rate (La rate (en grec ancien ÏƒÏ€Î»ÎźÎœ (splēn), en latin lien, d’oĂč…) suite Ă  une blessure (Une blessure est une lĂ©sion, physique ou psychique, faite involontairement ou dans l’intention…) traumatique) qui a pu aggraver les effets de l’infection. Un traitement antibiotique (Un antibiotique (du grec anti : « contre », et bios : « la…) sur trois semaines a heureusement conduit au rĂ©tablissement du patient qui a pu ensuite quitter l’hĂŽpital (Un hĂŽpital est un lieu destinĂ© Ă  prendre en charge des personnes atteintes de…).

Ce nouvel agent pathogĂšne appartient au genre bactĂ©rien Anaplasma, dont la bactĂ©rie la plus connue est Anaplasma phagocytophilum, responsable de l’anaplasmose granulocytaire humaine. Cette zoonose Ă©mergente est responsable chaque annĂ©e (Une annĂ©e est une unitĂ© de temps exprimant la durĂ©e entre deux occurrences d’un Ă©vĂšnement liĂ©…) de plusieurs centaines de cas, parfois mortels. Les Ă©tudes gĂ©nĂ©tiques ont rĂ©vĂ©lĂ© que Anaplasma sparouinense est un nouvel agent infectieux, diffĂ©rent de toutes les espĂšces connues d’Anaplasma. Des analyses phylogĂ©nĂ©tiques ont Ă©galement Ă©tabli que des souches bactĂ©riennes proches sont naturellement prĂ©sentes chez des paresseux (Le terme Paresseux ou AĂŻ (Folivora) est le nom vernaculaire donnĂ© Ă  certains…) et des tiques collectĂ©es sur des coatis au BrĂ©sil.

Ces analyses montrent qu’il existe en rĂ©alitĂ© tout (Le tout compris comme ensemble de ce qui existe est souvent interprĂ©tĂ© comme le monde ou…) un groupe Sud-AmĂ©ricain d’Anaplasma Ă©mergeants, dont Anaplasma sparouinense est le premier membre dĂ©crit comme infectieux pour l’humain. La vie (La vie est le nom donnĂ©Â đŸ™‚ sur le site d’orpaillage, en contact direct avec la faune sauvage, fut sans doute un facteur dĂ©terminant pour le passage de l’agent infectieux vers l’humain.

Il est encore trop tĂŽt pour affirmer l’importance qu’aura l’anaplasmose de Sparouine dans le futur, et quel risque sanitaire la maladie pourrait alors prĂ©senter pour les populations sud-amĂ©ricaines. Sa simple existence nous rappelle toutefois que notre connaissance de la diversitĂ© des agents pathogĂšnes circulant dans les zones naturelles reculĂ©es reste encore trĂšs partielle. L’expansion des activitĂ©s humaines dans ces rĂ©gions conduira inĂ©vitablement les populations Ă  s’exposer au risque d’Ă©mergence de zoonoses similaires.

Centres:
– Maladies infectieuses et vecteurs: Ă©cologie, gĂ©nĂ©tique (La gĂ©nĂ©tique (du grec genno ÎłÎ”ÎœÎœÏŽ = donner naissance) est…), Ă©volution et contrĂŽle (Le mot contrĂŽle peut avoir plusieurs sens. Il peut ĂȘtre employĂ© comme synonyme d’examen, de…) (MIVEGEC – CNRS (Le Centre national de la recherche scientifique, plus connu sous son sigle CNRS, est le plus grand…) / IRD / UniversitĂ© (Une universitĂ© est un Ă©tablissement d’enseignement supĂ©rieur dont l’objectif est la…) de Montpellier)
– Centre d’infection et d’immunitĂ© de Lille (CIIL – CNRS / CHU de Lille / Inserm / Institut Pasteur de Lille (L’Institut Pasteur de Lille (Pasteur-Lille) est l’un des centres de recherche du RĂ©seau…) / UniversitĂ© de Lille)

Référence:
Duron O, Koual R, Musset L, Buysse M, Lambert Y, Jaulhac B, Blanchet D, Drak Alsibai K, Lazrek Y, Epelboin L, Deshuillers P, Michaud C & Douine M. A case of novel chronic anaplasmosis in splenectomized patient in Amazon rainforest.Emerging Infectious Diseases (sous presse)

Contacts:
– Olivier Duron – Maladies infectieuses et vecteurs: Ă©cologie, gĂ©nĂ©tique, Ă©volution et contrĂŽle (MIVEGEC – CNRS / IRD / UniversitĂ© de Montpellier) – olivier.duron at cnrs.fr
– Katia Grucker – Correspondant communication (La communication concerne aussi bien l’homme (communication intra-psychique, interpersonnelle,…) – Maladies Infectieuses et Vecteurs: Ecologie, GĂ©nĂ©tique, Evolution et ContrĂŽle ( MIVEGEC – CNRS / IRD / UniversitĂ© de Montpellier (L’universitĂ© de Montpellier Ă©tait un Ă©tablissement d’enseignement…) ) – katia.grucker at ird.fr

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