récit d'une mère sur la bipolarité de son fils de 5 ans

récit d’une mère sur la bipolarité de son fils de 5 ans

Après des années d’errances médicales et de souffrance, Laetitia Payen, maman de deux enfants, a découvert que son fils, Stanislas, était bipolaire. Le diagnostic est tombé lorsqu’il avait 5 ans. Mais avant ça, elle et son mari, et leur fille ont dû mettre leur vie entre parenthèses.

Souvent, quand on sait une personne malade, on a tendance à se soucier uniquement d’elle, sans s’imaginer un seul instant que la maladie peut aussi impacter ses proches. La famille de Laetitia Payen est justement passée par là, avec leur fils Stanislas, diagnostiqué bipolaire à l’âge de 5 ans. Mais avant ça, avant de pouvoir mettre un mot sur ce qui le rongeait, cette maman, son mari et leur aînée ont dû mettre leur vie en suspens.

Dès les premiers mois de leur fils, ils ont su que quelque chose n’allait pas. Stanislas était un enfant agité, difficile, qui dormait peu et qui pleurait beaucoup. Laetitia et son mari ont d’abord mis cela sur le compte des problèmes de santé de leur enfant, qui lui ont valu d’être hospitalisé plusieurs fois et opéré. Mais après ses deux ans, l’état de Stanislas s’est accentué et rapidement le quotidien devient de plus en plus difficile à vivre. “Tous les gestes de la vie sont devenus très compliqués, lui mettre son manteau, partir chez la nounou, le mettre dans son siège auto, tout ce qui est banal pour la plupart des parents pour nous à chaque fois c’était le parcours du combattant”, nous a confié Laetitia avant d’ajouter Il n’était que crises, il avait une intolérance à la frustration qui était telle que ça entraînait des crises qui pouvaient durer des heures et ce, plusieurs fois par jour.”

Un quotidien ponctué par les crises

Au fur et à mesure, qu’il grandit d’autres symptômes se sont ajoutés. Stanislas a des troubles obsessionnels compulsifs, plus communément appelés TOC, “pour se coucher, il fallait que ses chaussons soient parfaitement alignés aux lames du parquet, à table ses couverts devaient être parfaitement parallèles à son assiette pour qu’il puisse manger”. Il souffre aussi de problèmes d’hypersensorialité. Il ne supporte pas le bruit, ni même certaines odeurs et encore moins la chaleur. “À la cantine de l’école, par exemple, il nous disait régulièrement que son cerveau allait exploser. À la maison, on ne pouvait même pas faire un feu de cheminée”, détaille-t-elle. Des éléments qui déclenchent de très grosses crises chez Stanislas.

La violence verbale et physique ne tardent pas à se manifester. “À l’époque, j’étais couverte de bleus parce qu’on était obligé de le contenir, déjà pour ne pas qu’il se fasse de mal à lui-même et pour ne pas qu’il détruise tout ce qu’il y avait autour de lui. Il y avait aussi beaucoup de harcèlement et d’insultes.”

Il pouvait me dire par exemple ‘maman quand est-ce que tu pleures parce que moi j’aime bien quand tu pleures’ ou il prenait un objet qu’il savait être mon préféré et il l’explosait contre le mur.”

La double facette et le regard des autres

Un quotidien difficile à vivre pour Stanislas mais aussi pour ses parents et sa grande soeur. C’était un ascenseur émotionnel. Nous, après les crises on avait du mal à s’en remettre, alors que lui juste après il pouvait avoir de grands élans affectifs. C’était deux facettes qui étaient très compliquées à gérer pour nous et même à l’extérieur”, se remémore-t-elle. Car pour les gens qui le croisaient dehors, Stanislas était un petit garçon si calme et si curieux. “On voudrait le même !”, a entendu parfois Laetitia.

Pourtant, derrière, loin des apparences, c’était un tout autre enfant. Et les répercussions sur ses proches, elles, elles étaient bien réelles. C’est une maladie où toute la famille souffre. Ma fille me disait ‘quand mon frère est en crise j’ai l’impression d’être un fantôme’, mon mari me disait ‘j’ai l’impression de perdre des points de vie, c’est comme si j’étais mort à l’intérieur’. Petit à petit, on s’est enfermé sur nous-même car on ne voyait pas d’issues. Et à côté de ça, vous avez aussi le regard des autres à affronter. On vivait dans l’angoisse de la prochaine crise, toutes les sorties étaient soit écourtées soit gâchées, donc à un moment donné le plus simple c’était que l’on reste chez nous.”

La découverte de la maladie

Pendant des années, Laetitia a multiplié les recherches pour comprendre et savoir de quoi souffrait son fils. Une détermination qui a fini par payer, puisqu’un jour elle est tombée par hasard sur le site de l’association Bicycle, qui vient en aide aux parents d’enfants et adolescents qui souffrent de troubles de l’humeur. C’est là qu’elle a appris que la bipolarité juvénile existait, une pathologie psychique sévère et insidieuse, qui touche aujourd’hui en France plus de 500 000 enfants. Pour elle, c’était comme une révélation. Peu de temps après, elle a contacté l’association qui l’a orientée vers des professionnels, capables de poser le diagnostic. Le rendez-vous a été pris à Paris, au Centre des Troubles Anxieux et de l’Humeur (CTAH), et finalement l’intuition de Laetitia s’est avérée juste.

Quand le diagnostic est tombé, Stanislas avait cinq ans, et tout à coup c’était un grand soulagement pour toute la famille. “On s’est dit ‘on est pas fou, d’autres parents vivent la même chose que nous, on est plus seul’, mais ça a aussi été un choc car il y a beaucoup de préjugés sur les troubles psychiques. On savait enfin ce qu’il avait, on allait pouvoir avoir enfin une vision différente de lui. Parce qu’à un moment c’est tellement difficile pour tout le monde qu’on finit par basculer et ne plus aimer son enfant”, avoue-t-elle.

Une liberté retrouvée

Après le diagnostic, Stanislas a été pris en charge pour traiter sa bipolarité. Au vu de ses symptômes, les médecins ont dû lui prescrire un traitement médicamenteux, un thymorégulateur en baby dose, pour qu’il puisse suivre une thérapie. “Le premier traitement d’intention chez les enfants c’est la thérapie comportementale et cognitive, et la psycho-éducation. Les médicaments c’est vraiment une béquille pour permettre à l’enfant d’être accessible, et pour réduire l’intensité et la fréquence de ses crises”, indique Laetitia Payen.

Depuis, les années ont passé. Aujourd’hui, Stanislas est un jeune adolescent qui se porte bien. Âgé de 13 ans, il poursuit une scolarité classique, avec ses amis et un PAP, un Plan d’accompagnement personnalisé pour l’aider avec ses troubles DYS, qui vont souvent de pair avec cette maladie. Stanislas n’est pas encore guéri, mais il vit à peu près comme tout le monde et surtout il a retrouvé sa liberté. Le diagnostic a rendu sa liberté à toute la famille. On a pu reprendre le cours de nos vies, retourner sortir, voir des amis, organiser nos vacances normalement”, conclut sa maman. Désormais ce qu’espère Laetitia, qui est devenue entre temps présidente de l’association Bicycle, c’est de faire connaître et reconnaître la bipolarité juvénile, pour éviter des drames dans certaines familles et qu’il ne soit plus jamais trop tard.

Merci à Laetitia Payen de nous avoir confié son histoire et celle de son fils Stanislas. Elle a écrit un livre à ce sujet, Mon enfant cyclone – Le tabou des enfants bipolaires, aux éditions Flammarion.

Lisa Grimaud

Depuis septembre 2021, Lisa a rejoint l’équipe d’Aufeminin. Petit à petit elle s’est spécialisée dans les sujets liés à la parentalité. Curieuse et passionnée par l’écriture, elle aime raconter les …

Leave a Comment

Your email address will not be published.