les femmes moins susceptibles d'être diagnostiquées et traitées

les femmes moins susceptibles d’être diagnostiquées et traitées

Stockholm, Suède – Selon une étude de cohorte observationnelle suédoise, les femmes atteintes d’insuffisance rénale chronique (IRC) ont moins de chances d’être diagnostiquées et prises en charge de manière adéquate que les hommes atteints d’IRC. L’étude a été publiée récemment dans le Journal of the American Society of Nephrology[1].

Dans une analyse des données du projet Stockholm Creatinine Measurements (SCREAM), les femmes avaient 53 % moins de chances de recevoir un diagnostic d’IRC que les hommes dans tous les sous-groupes évalués, rapportent Juan Jesus Carrero, Pharm PhD, Karolinska Institute, Stockholm, Suède, et ses collègues.

« Le simple fait d’obtenir un diagnostic de la maladie est important pour plusieurs raisons, notamment pour obtenir une orientation vers un néphrologue et pour sensibiliser les autres cliniciens afin qu’ils évitent de prescrire des médicaments courants qui peuvent endommager davantage les reins », a déclaré Carrero à Medscape Medical News dans un courriel.

« Dans l’ensemble, notre étude montre qu’en chiffres absolus, seule une petite proportion de personnes atteintes d’une IRC “probable” – hommes et femmes – voient leur maladie reconnue, surveillée et prise en charge conformément aux recommandations des lignes directrices ; il est donc urgent de sensibiliser davantage les patients et les professionnels de la santé à l’IRC et à sa prise en charge », a-t-il ajouté.

Analyse des différences entre les sexes dans la détection et la gestion de l’IRC

Les données de l’étude SCREAM ont été utilisées pour analyser les différences entre les sexes dans la reconnaissance, la détection, la surveillance et la gestion de l’IRC entre les hommes et les femmes dans le cadre des soins de routine à Stockholm, en Suède. Toutes les mesures de créatinine sérique ou plasmatique effectuées entre 2009 et 2018 ont été utilisées pour calculer le débit de filtration glomérulaire estimé (DFGe). « Nous avons identifié tous les individus qui avaient au moins une mesure du DFGe <60 mL/min/l,73m2, dénotant une catégorie probable d’IRC G3a ou pire », notent les investigateurs.

Ils ont évalué les étapes clés de la prise en charge de l’IRC, notamment le diagnostic, la mesure des taux de créatinine et d’albuminurie, l’orientation ou non vers un néphrologue et l’administration ou non des traitements recommandés par les lignes directrices, notamment un inhibiteur de la rénine-angiotensine (RAS) et une statine. Entre 2009 et 2017, 227 847 patients ont subi au moins une mesure en ambulatoire pour laquelle le DFGe était <60 ml/min/1,732 ; parmi ces patients, 55 % étaient des femmes.

Le DFGe moyen était similaire pour les hommes et les femmes. La plupart des patients de la cohorte présentaient une IRC de catégorie G3a. Bien que légèrement plus âgées que les hommes, les femmes présentaient généralement moins de comorbidités et avaient moins de diabète et de maladies cardiovasculaires (CV) et artérielles périphériques que les hommes. Les taux d’hypertension étaient presque identiques entre les deux sexes, soit un peu plus de 60 %.

En plus d’être moins susceptibles d’être diagnostiquées, les femmes étaient également 54% moins susceptibles que les hommes de consulter un néphrologue au cours des 18 mois suivants, notent les auteurs (rapport de risque non ajusté [HR], 0,46). Ces résultats n’ont été que légèrement atténués après des ajustements multivariables.

Moins bons résultats chez les femmes

« Il y a eu de modestes améliorations dans les modèles d’orientation au fil du temps, mais les femmes ont toujours été moins exposées au risque d’orientation que les hommes », écrivent les auteurs. L’albuminurie n’a été mesurée que pour environ 28% des femmes, contre environ 34% pour les hommes. Pour une forte proportion de patients des deux sexes, la créatinine a été mesurée au moins une fois au cours des 18 mois suivants.

Moins de femmes que d’hommes ont reçu un inhibiteur du SRA ou une statine. Les différences dans l’utilisation de ces deux médicaments ont persisté dans le temps. « Ces différences ont été observées parmi les groupes à haut risque, parmi les personnes dont les indications médicamenteuses étaient fondées sur des données probantes et parmi les personnes dont l’IRC était confirmée lors d’un nouvel examen », observent les chercheurs.

 

Moins de femmes que d’hommes ont reçu un inhibiteur du SRA ou une statine.

 

Les recommandations sont de surveiller le DFGe et l’albuminurie chez les patients à risque, car il est possible de proposer des thérapies qui ralentissent les lésions rénales et réduisent le risque CV. Par exemple, les inhibiteurs du SRA réduisent l’albuminurie et le taux de déclin du DFGe.

Les inhibiteurs du SRA réduisent également le risque d’insuffisance rénale terminale chez les patients atteints d’albuminurie, ainsi que le risque d’atteinte CV. Les statines réduisent également le risque d’événements CV. « Tous ces indicateurs et médicaments ont donné de moins bons résultats chez les femmes, dans toutes les catégories d’albuminurie et chez les personnes ayant des indications de traitement, de surveillance et de diagnostic », soulignent le chercheur et ses collègues.

L’orientation tardive vers un néphrologue a été associée à une progression plus rapide de la maladie et à des résultats plus mauvais. « Nous pensons que les efforts visant à améliorer cette situation et à garantir des soins équitables entre les sexes pourraient avoir des implications importantes en matière de justice et pourraient réduire le fardeau de l’IRC », concluent les chercheurs.

L’étude a été soutenue par le Conseil suédois de la recherche. Carrero a été rémunéré pour des conférences, pour sa participation à des conseils consultatifs ou pour des subventions d’étude par Astella, AstraZeneca, Bayer, Fresenius Medical Care, Fresenius Kabi, Abbott, Baxter et Vifor Pharma.

 

L’article a été publié initialement sur Medscape.fr sous l’intitulé Women With CKD Less Likely to Be Diagnosed, Treated. Traduit et complété par Stéphanie Lavaud.

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